Parole d’excluEs et le projet «Verdir, nourrir et valoriser Montréal-Nord»

Depuis le début de la campagne ILEAU du CRE-Montréal en 2015, une collaboration s’est rapidement mise en place avec Parole d’excluEs et la Société d'habitation populaire de l'Est de Montréal (SHAPEM) afin de déminéraliser et aménager plusieurs cours dans le secteur Est de l’arrondissement de Montréal-Nord. Ce projet occupe une place importante dans la trame verte et bleue active de l’Est de Montréal et constitue un exemple de mobilisation de l’ensemble de la communauté et de mise en commun des forces et expertises de chacun.

Nous nous sommes entretenus avec Katherine Jarno, Chargée de projet Quartiers 21 pour Parole d’excluEs pour en savoir plus sur les actions inspirantes du projet.

Parole d’excluEs encourage la prise de parole citoyenne et rassemble des personnes issues de différents milieux autour de projets collectifs, dans le but qu’elles améliorent leurs conditions de vie, qu’elles aient la possibilité de faire des choix et d’exercer leurs droits. L’organisme travaille à mettre en place des pratiques fondées sur des dynamiques collectives, inclusives et participatives, où les personnes vivant les difficultés causées par la pauvreté et l’exclusion sociale soient les premiers acteurs de leur démarche et de la transformation sociale.

Depuis 2006, Parole d’excluEs a contribué notamment au réaménagement de 16 terrains appartenant à la SHAPEM, en plus de mettre en place un CPE, une clinique de proximité, des jardins collectifs et des groupes d’achats.

Présentez-nous le projet «Verdir, nourrir et valoriser Montréal-Nord». Comment a-t-il vu le jour? Quels sont vos partenaires?  

Le projet de 3 ans couvre le secteur nord-est de l’arrondissement où se concentrent de nombreux défis environnementaux et sociaux. Il vise à verdir et à réaménager 16 terrains appartenant de la SHAPEM pour et avec les résidents du quartier, à créer un environnement sécuritaire et agréable pour les familles et à créer des îlots de fraîcheur comestibles. Il constitue un des trois axes d’intervention du projet Quartiers 21 financé par la Direction de santé publique de Montréal (DSP), la ville de Montréal, le Centre de développement pour l’exercice de la citoyenneté (CDEC) de Montréal-Nord, l’arrondissement de Montréal-Nord et la SHAPEM. Le projet est porté par le Comité de suivi en sécurité alimentaire (un regroupement de plus de 20 organismes locaux qui travaillent à contrer l’insécurité alimentaire à Montréal-Nord) et est mis en œuvre par l’équipe de Parole d’excluEs en étroite collaboration avec la SHAPEM.

Quelles sont les grandes étapes de sa réalisation et les stratégies mises en œuvre pour mobiliser la communauté ?

Lors de la première phase du projet (2016-2017), 7 terrains minéralisés ont été désasphaltés, verdis et aménagés avec et pour les résidents de la SHAPEM, 6 terrains gazonnés ont été aménagés avec des arbres et des arbustes et les 4 terrains qui composent un futur espace collectif (espace Lapierre) ont été aménagés temporairement avec du mobilier éphémère, des jardins et animés pendant toute la saison estivale 2017. L’aménagement des façades de 11 terrains où plus de 32 arbres et plus de 300 vivaces et arbustes fruitiers ont été plantés a aussi été mis en branle.

Chacune des étapes de conception et de réalisation a été réalisée avec la communauté locale, et chacune des activités a été utilisée comme un levier pour rejoindre et impliquer les résidents. La création de deux emplois attribués dans la communauté à aider à réaliser et entretenir les nouveaux aménagements, en plus d’aider au rayonnement du projet.

 

Yakout et Abdel, Délégués au verdissement en 2017.

Désasphaltage & Aménagement des 7 terrains minéralisés, 2017

 

Aménagement éphémère de l’espace collectif Lapierre 2017

La seconde phase du projet (2018-2019) consiste à réfléchir, imaginer et réaliser l’espace collectif Lapierre de manière permanente, composé de 4 cours arrière appartenant à la SHAPEM. On y retrouve 56 logements habités par des familles issues des communautés magrébines et haïtiennes. Beaucoup de beaux défis à relever pour sa réalisation.

 

Espace collectif Lapierre à réaménager en 2018

Quels ont été les impacts du projet dans le milieu?

Il a été possible de constater un lien direct entre les principes du vivre ensemble (civisme, sécurité, relation de bon voisinage, cohabitation harmonieuse, etc.) et le réaménagement du secteur. La diversité socio-économique du secteur apporte un lot important de différences culturelles, de valeurs et d’usages de l’espace. À travers les activités et les actions de verdissement, l’organisme a pu dissiper certaines tensions, harmoniser les relations et créer un quartier à l’image de tous les résidentEs selon des valeurs communes. Il s’agit d’une démarche à très long terme, qui requiert la participation de plusieurs organismes, des décideurs municipaux et des citoyens.

Depuis 2016, Parole d’excluEs a observé certains changements d’habitudes et des signes de réappropriation notables qui confirment que nos démarches portent ses fruits. De plus en plus de familles viennent occuper les espaces aménagés, une plus grande présence des enfants et des femmes, un nouvel engouement des enfants pour le verdissement, des balcons plus verts, très peu de vandalisme et un sentiment de fierté indéniable. Nous convainquons tranquillement les plus sceptiques qu’il est possible d’embellir et d’améliorer le quartier.

Quels ont été les principaux défis lors de sa mise en œuvre?

Les enjeux relatifs au vivre ensemble et aux divers usages de l’espace public ont été des obstacles importants. Un autre défi a été au niveau des notions de propreté et d’entretien des espaces communs et de l’environnement qui ne sont pas les mêmes pour tous. Finalement, ces enjeux ne sont pas toujours prioritaires en fonction des parcours et des défis vécus par les résidents.

Comment voyez-vous la suite du projet et des transformations dans le secteur Nord-Est?

L’Arrondissement et la Table de quartier Montréal-Nord en santé travaillent à la mise en place d’un plan d’aménagement d’ensemble pour le territoire du nord-est de Montréal-Nord, pour lequel des investissements vont se déployer sur une période d’au moins dix ans.

C’est donc dans un contexte de transformation à plus grande échelle que s’inscrivent nos actions en verdissement. Les retombées environnementales, sociales et économiques de nos démarches se pérenniseront sur une échelle de temps et territoriale beaucoup plus vaste. Nos efforts de transformation prendront donc de la valeur si nous réussissons à décupler nos interventions à l’échelle du quartier. Nous sommes convaincues que ces projets serviront de levier au réaménagement du secteur et qu’il est possible de susciter un intérêt de la part des propriétaires et locataires avoisinants.

Consulter le site Web de Parle d'excluEs pour connaître tous leurs projets.