La démocratie au service du développement urbain durable

 

Entrevue avec Mikael St-Pierre, urbaniste

 

D’un point de vue personnel et professionnel, comment vous impliquez-vous pour l'amélioration de Montréal?

Je suis directeur adjoint de l'Éco-quartier Rosemont-La Petite-Patrie, à la Société de développement environnemental de Rosemont. Notre plan d'action comprend des projets d'éducation relative à l'environnement, de sensibilisation environnementale et de verdissement, dont les ruelles vertes. Nous sommes d'ailleurs très fiers cette année de franchir le cap des 100 ruelles vertes dans l'arrondissement. Je suis également instigateur du projet Chemin Vert Marconi-Alexandra, qui comprend le parc des Gorilles, et co-fondateur de l'organisme Lande, qui vise la réappropriation citoyenne des terrains vacants montréalais.

En somme, ma pratique se concentre sur l'urbanisme communautaire. Je suis appelé à travailler avec des citoyens afin de monter des projets d'aménagement et de les aider à les réaliser.

 

En quoi l'urbanisme est une discipline hautement citoyenne?

En design, on dit que c'est l'usager qui est l'expert permettant de répondre à une problématique. Dans cette optique, l'expert ultime de son milieu de vie, c'est le résident. Je crois que nous assistons graduellement à un changement de paradigme où les professionnels de l'aménagement deviennent des pédagogues et des facilitateurs plutôt que des concepteurs-consultants. Tout geste urbanistique a des impacts directs sur les résidents, et ce, pour plusieurs générations. Il est donc important de considérer les intérêts citoyens en amont ainsi que durant tout le processus de conception de projets urbains.

 

En quoi la démocratie de proximité et le rôle de l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM) permettent-ils de bonifier les projets urbains? Avez-vous des exemples?

Aujourd'hui, que la consultation soit prescrite par la réglementation locale ou par la législation provinciale, très peu de textes de loi la définissent. C'est donc dire que la consultation, souvent le seul levier de participation aux projets urbains offert aux citoyens, peut prendre différentes formes se résumant trop souvent à de simples présentations de type PowerPoint.

Pour compenser, des mouvements citoyens se sont formés afin de proposer des alternatives à l'aménagement de leurs quartiers. Mentionnons Les Amis du Champ des Possibles qui ont contribué à l'aménagement d'un parc-nature sur un espace visé pour un garage municipal, les citoyens de Pointe-Saint-Charles qui se sont mobilisés pour l'acquisition du Bâtiment 7 ou encore les organisations qui se sont constituées pour sauver la rue Crescent ou le Mont-Royal.

La démocratie participative prend plusieurs formes et elle gagnerait à être encadrée dans toutes les municipalités montréalaises afin de faciliter le développement du pouvoir d'agir des citoyens.

 

En quoi la refonte actuelle des compétences municipales est préoccupante?

On parle énormément de l'abolition des référendums municipaux, un enjeu particulièrement préoccupant dans l'optique où aucune autre contrepartie citoyenne n'est proposée. Dans sa forme actuelle, le projet de loi 122 n'offre plus aucune opportunité de contestation d’un projet aux citoyens. On dit que des mécanismes seront intégrés plus tard, sans toutefois spécifier lesquels. On fait donc un chèque en blanc aux promoteurs et aux élus de la province quant au développement des municipalités, et on réduit le rôle du citadin à celui de payeur de taxes et d’électeur aux quatre ans.

 

Que peuvent faire les citoyens ou les organismes?

Les citoyens et les organismes veulent du développement dans leurs quartiers, les rares cas d'obstructions suite à des référendums le prouvent. Ils souhaitent voir leurs quartiers se développer, des emplois se créer, l'offre commerciale se bonifier et la population ainsi que les services qui lui sont offerts augmenter. Ils veulent également s'impliquer dans le développement de leur milieu de vie, il suffit de leur donner des opportunités.

Je crois qu'il faut valoriser l'importance de la démocratie de proximité et des différentes formes qu’elle peut prendre. Sortez, parlez à vos voisins, faites une fête de quartier, les idées émergeront et le prochain projet viendra rapidement. C'est ça la démocratie en action!

 

Que proposez-vous pour que la démocratie prenne mieux en compte l’environnement?

Je propose d'offrir des opportunités d'engagement aux citoyens et que celles-ci mènent à de réelles décisions. À Québec, des conseils de quartiers ont été mis sur pied et ces organes consultatifs émettent des recommandations aux élus dans différentes compétences en plus d’assurer l’implication des citoyens dans la planification urbaine.

De tels conseils ont d'ailleurs été proposés par François William Croteau, maire de l'arrondissement Rosemont- La Petite-Patrie. Plusieurs municipalités ont eu recours à des budgets participatifs afin d'intégrer les citoyens dans leurs décisions. Ce type de démarche donne un pouvoir réel aux citoyens puisque ceux-ci peuvent décider d'une portion des dépenses effectuées par la municipalité.

En France, plusieurs municipalités ont adopté des plateformes permettant de recueillir en temps réel les idées et les ambitions des citoyens sur des projets de loi. Les solutions sont nombreuses afin d'encourager la proximité de citoyens et de s'assurer que la population puisse s'impliquer dans les décisions qui les concernent.