Le bruit à Montréal : une problématique bien présente

Entrevue avec Stéphane Perron, M.D., David Kaiser, M.D. et Louis-François Tétreault, PhD, agent de promotion, planification et recherche, tous trois oeuvrant au sein du service environnement urbain et saines habitudes de vie à la Direction régionale de santé publique de Montréal.


La problématique du bruit n'est pratiquement pas abordée à Montréal. Pourtant, cet enjeux est bien présent en ville et a plusieurs sources. Pouvez-vous nous définir les différentes catégories de bruits qui sont une nuisance pour la qualité du milieu de vie?

Il y a le bruit émis par les sources mobiles, les sources fixes et les bruits provenant des logements d’un même immeuble :

  • Sources mobiles : principalement du transport routier, aérien et ferroviaire.
  • Sources fixes : entre autres par la construction et les travaux publics, par les industries et les commerces ou par les activités culturelles et de loisirs (festivals, concerts, ipod, terrains de jeux, etc.).
  • Par les logements (bruits des occupants, systèmes de ventilation ou de climatisation, etc.) s’ajoute aux deux sources de bruit environnemental. Nous n’avons pas analysé cette dimension du bruit dans nos rapports.

Toutes ces sources de bruit se répartissent entre trois catégories : environnementale, au travail et dans le cadre des activités de loisir.

 

Quels sont les grands constats concernant le lien entre le bruit environnemental et la santé publique?

Les niveaux d’exposition sont beaucoup plus élevés dans le cadre des activités de loisir et du travail que dans celui de l’environnement. Ainsi, bien qu’il y ait des cas de surdité et d’acouphène reliés aux activités de loisir et du travail, nous n’observons pas ces effets de santé pour le bruit environnemental. À noter que les effets sur la santé mentale sont peu documentés.

Le bruit environnemental est clairement lié à la gêne (dérangement) et à la perturbation du sommeil. On observe des associations probablement causales avec les maladies cardiovasculaires, dont l’hypertension, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les infarctus du myocarde (crises cardiaques).

Tel que paraphrasé dans le feuillet sur le bruit, « L’intensité des effets du bruit sur la santé est reliée au niveau de bruit, à la durée et à la fréquence auxquels la population est exposée. Bien que pour l’instant il soit difficile d’établir un seuil sous lequel le bruit n’engendre pas d’effet, l’OMS recommande une valeur moyenne de bruit de 55 dBA à ne pas dépasser à l’extérieur des habitations durant la journée (Berglund B., 1999). Pour la nuit, la valeur moyenne optimale recommandée par l’OMS est de 40 dBA. Toutefois, devant la difficulté à atteindre cette cible en milieu urbain l’OMS recommande une cible intérimaire de 55 dBA pour la nuit (Organisation mondiale de la santé, 2009).»

 

La Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSPM) s'intéresse à cette problématique depuis plusieurs années. Qu'en est-il des actions que vous avez posées?

La DRSPM a reçu plusieurs signalements en lien avec le bruit et travaille activement dans ce dossier depuis 2007. Suite à ces signalements, la DRSPM a effectué plusieurs avis qui ont touché à la fois les bruits ferroviaires, des avions et le bruit en général. De plus, nous avons contribué à plusieurs publications scientifiques. Nous sommes régulièrement en contact avec le responsable politique du dossier à la Ville pour lui faire part des travaux que nous avons faits sur le bruit. Nous répondons aux questions des différents arrondissements en lien avec le bruit, entre autres des projets tels que Turcot.

 

Des grandes villes comme Paris prennent très au sérieux cette problématique, compilant des données et prenant des mesures. Pouvez-vous nous citer quelques exemples?

Il est bon de préciser que les arrondissements sont responsables de l’adoption et de la mise en œuvre de la règlementation actuelle. Par ordonnance, ils peuvent aussi préciser la réglementation municipale dans leur arrondissement. La Loi sur les cités et villes ainsi que le Code municipal du Québec donne des pouvoirs de réglementation aux municipalités en ce qui a trait au bruit. Ainsi, la ville de Montréal possède sa réglementation sur le bruit et certains arrondissements l’ont précisée. Ces derniers exercent les compétences de la Ville quant à l’adoption et l’application du règlement.

Des centaines de politiques sur le bruit sont mises en place à travers le monde, particulièrement en Europe. En effet, l’Union européenne exige de ses États membres de mettre en place un plan d’action sur la gestion du bruit environnemental incluant la cartographie de l’exposition au bruit des citoyens.

Nous considérons dans le cas présent que la politique de bruit serait avant tout de compétence municipale et recommandons à la Ville de réunir les différents acteurs impliqués dans l’émission et la gestion du bruit environnemental (MTQ, MDDELCC, ADM, Arrondissement, etc. ) lors de l’élaboration de la politique.

 

Quels seraient vos conseils pour que Montréal s'occupe davantage de cet enjeu ? et les autres paliers gouvernementaux?

La DRSP recommande :

1.     À la ville de Montréal de mettre en application l’action 18.1 du Plan d’urbanisme de la Ville de Montréal qui prévoit, entre autres :

  • D’élaborer et de mettre en œuvre une Politique d’atténuation du bruit en milieu urbain.
  • De mettre en place un comité de concertation avec les principaux acteurs impliqués
  • De mettre en place des mesures d’atténuation du bruit le long des corridors autoroutiers et ferroviaires dans les secteurs résidentiels.
  • D’exiger des promoteurs, dans les projets résidentiels aux abords de sources de nuisances reconnues, la mise en place, à leurs frais, des mesures d’atténuation appropriées.

2.     Que la construction de nouvelles résidences et de bâtiments institutionnels (écoles, garderies, centre de soins, résidences pour aînés) soit évitée à moins de 50 mètres des autoroutes et des infrastructures routières à fort débit, à moins de 30 mètres d’une voie ferrée ou d’une gare de triage et à l’intérieur de la courbe NEF 25 afin de limiter les problématiques associées au bruit. Toutefois, d’autres problématiques en lien au transport pourraient nécessiter une zone tampon plus étendue.

3.     Que la construction de nouvelles autoroutes à moins de 50 mètres et de voies ferroviaires à moins de 30 mètres des résidences et bâtiments institutionnels soit évitée.

4.     Que des mesures visant à minimiser l’exposition au bruit fassent partie intégrante de tous nouveaux projets de transport situés à proximité de secteurs habités.

5.     Que la planification montréalaise en matière de transport et d’aménagement priorise la réduction du nombre de véhicules qui circulent sur l’île de Montréal, en particulier dans les quartiers résidentiels.

 

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