PMGMR : pourrons-nous tous être fiers en 2020 ?

C’est chose faite, le Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles (PMGMR) pour les 82 municipalités qui composent la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) vient d’être adopté par le Conseil de la CMM. La prochaine étape : l’approbation du gouvernement provincial.

La CMM a identifié six grands enjeux relatifs à son territoire :

  1. contribuer à l’atteinte de l’objectif gouvernemental de réduction des quantités de matières à éliminer dans le respect de la hiérarchie des 3RV-E, tout en planifiant les éventuelles installations nécessaires au traitement des résidus ultimes dans les délais actuels de planification;
  2. atteindre les cibles de recyclage et optimiser les quantités et la qualité des matières recyclables;
  3. atteindre les cibles de recyclage des matières organiques;
  4. limiter les coûts engendrés par la collecte, le transport et le recyclage des matières organiques;
  5. responsabiliser les industries, les commerces et les institutions et s’assurer qu’ils disposent des services adéquats pour leur permettre de contribuer à l’atteinte des objectifs gouvernementaux;
  6. développer et réaliser des activités d’information, de sensibilisation et d’éducation adaptées aux différentes clientèles afin de favoriser leur engagement à l’égard des objectifs visés.

Des enjeux sans conteste importants. Toutefois, malgré ses 28 mesures et les actions proposées qui apportent un vent de fraîcheur avec certains éléments nouveaux, il demeure difficile d’avoir l’assurance que ce PMGMR permettra de faire le grand bond en avant souhaité et nécessaire.

D’emblée, on peut être déçu que la CMM, qui accuse déjà un retard important par rapport aux objectifs 2015, ne se donne comme cible que de simplement repousser les objectifs de 3 ans pour les matières recyclables et de 10 ans pour les matières organiques.

La collecte de ces matières organiques pourtant représentant environ 40% de la production totale de matières résiduelles, ne devra être effective que le 31 décembre… 2020 pour les habitations de huit logements et moins, et le 31 décembre 2019 pour les industries, les commerces et les institutions. C’est dire qu’il faudra être encore bien patient pour voir un important transfert des matières éliminées vers les matières compostées.

Pas de volonté exprimée de dépasser les cibles du gouvernement édictées pour 2015 comme si les cibles de récupération de 60% et 70% étaient les objectifs ultimes. Une fois ces chiffres atteints, le reste irait à l’enfouissement ou au mieux dans la filière «valorisation énergétique». Dommage quand on sait que les «3R» viennent avant le «V».

Le document retient la promotion des pratiques de réduction à la source, notamment des matières organiques, mais seuls les sacs de plastique font l’objet d’une action précise. Intéressant mais bien insuffisant en regard de ce vaste champ qui concerne la surconsommation et le gaspillage. Des intentions louables d’informer et de sensibiliser, mais pas de gestes imposés comme l’herbicyclage, qui pourtant ferait une grosse différence.

Concernant le volet recyclage

Il y a la volonté de «s’assurer que les industries, les commerces et les institutions produisant des matières recyclables assimilables, en termes de quantité et de qualité, aux matières résidentielles soient desservis». Une bonne idée, car il reste beaucoup à faire de ce côté-là.

Par contre, le remplacement systématique des poubelles par des binômes déchets/recyclables n’est pas exigé ; les municipalités auront à juger de la pertinence selon l’achalandage. C’est dommage, car la disparition des poubelles traditionnelles et l’unique présence de binômes seraient des moteurs puissants pour créer un vrai réflexe citoyen dans la sphère publique et pas seulement à la maison. Cela d’autant plus que d’un autre côté, il est demandé aux municipalités de se doter d’un règlement pour «Interdire de jeter les matières recyclables avec les matières destinées à l’élimination pour toute unité desservie par la collecte des matières recyclables».

De la même façon, en demandant d’ «Implanter des équipements de récupération des matières organiques identifiables dans tous les bâtiments municipaux et toutes les aires publiques, là où la fréquentation le justifie», la CMM ne pousse pas suffisamment la notion d’exemplarité et de construction du réflexe. Encore ici, il est pourtant prévu un règlement municipal pour «Interdire de jeter les matières organiques visées par la collecte avec les matières destinées à l’élimination pour toute unité desservie par la collecte des matières organiques».

Des pistes d’actions intéressantes pour les résidus valorisables du secteur de la construction, de la rénovation et de la démolition vers une filière de récupération, comme :

«Ajouter une clause de récupération des résidus de béton, de brique, d’asphalte et de bois aux devis des contrats du secteur municipal»

«Informer les citoyens sur la récupération des résidus de CRD lors de l’octroi de permis de rénovation»

Mais une étape supplémentaire aurait pu être franchie en obligeant les résidents à récupérer ces matériaux lors de travaux à des fins de recyclage et réutilisation.

L’aspect financier

Le tableau 7 en page 58 montre très bien que la collecte en vue du recyclage est nettement plus avantageuse financièrement pour les municipalités que la collecte des déchets. Pourquoi alors ne pas viser 100% de récupération des matières recyclables et cela le plus rapidement possible ? En visant seulement 70%, on favorise un gaspillage de ressources et d’argent public.

Le traitement des matières organiques aura un prix à payer qui fera augmenter les coûts de la gestion des matières résiduelles dans la CMM. Mais les projections montrent aussi que l’élimination resterait un poste de dépense très important parce que l’on continuerait d’enfouir en grande quantité. Toutefois, derrière cette donnée se cache le fait qu’enfouir pour le territoire de la CMM se fait à bas coût, cela malgré les deux redevances. Souhaitons que le gouvernement du Québec revoit à la hausse la redevance à l’élimination pour être en mesure de mieux récompenser les bonnes pratiques et faire payer celles qui conduiront encore à l’élimination.

Le suivi annuel de sa mise en place

Au-delà des chiffres, il sera capital de rendre public un bilan annuel de l’avancement de ce plan en termes des actions posées par les 82 municipalités à la fois pour juger du dynamisme dans ce dossier et d’évaluer le niveau de performance de ces actions. 

Finalement, le PMGMR indique que sera mis en place un comité-conseil sur la gestion des matières résiduelles au niveau de la CMM sans préciser sa composition. Une bonne chose si les représentants d’organisations de la société civile en font partie et que ce comité peut suggérer des bonifications au niveau des actions à entreprendre qui auront une écoute auprès des décideurs.

Un dossier à suivre de près au cours des prochaines années pour s’assurer qu’en 2020 nous puissions tous être fiers d’avoir atteint et dépassé les cibles que le gouvernement avaient fixées pour 2015. Avec près de la moitié de la population du Québec, on ne s’attend pas à moins de la CMM.

Pour lire le PMGMR 2015-2020 

 

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