Le plan de déplacement local de l’arrondissement de Ville-Marie : un enjeu de taille pour le milieu local

Entrevue de Philippe Cossette, urbaniste et chargé de projet à RAYSIDE LABOSSIÈRE

En quoi le PLD est important pour un arrondissement comme celui de Ville-Marie?

L’Arrondissement de Ville-Marie a la particularité d’être à la fois le cœur économique de la région métropolitaine et le centre-ville le plus densément peuplé de l’Amérique du Nord. Au cours de la dernière décennie, les problèmes liés à la mobilité n’ont fait qu’amplifier (pollution, congestion, efficacité, accessibilité universelle, qualité des transports en commun, sécurité, santé, etc.). 

Pour un arrondissement comme celui de Ville-Marie, l’équilibre entre les besoins de fluidité et les enjeux de sécurité et de santé publique représente toutefois un défi de taille. Or, aucun exercice de planification n'avait été réalisé, jusqu’à tout récemment, afin d'assurer une meilleure cohabitation entre la circulation de transit et la population locale. Le Plan de transport adopté en 2008 exigeait pourtant que les villes et les arrondissements produisent des plans locaux de déplacement, au cours des trois années suivant son adoption, afin de tracer les balises nécessaires quant aux aménagements routiers, piétonniers et cyclables.

Développer l'importance de mieux travailler avec le milieu et de vraiment tenir compte des déplacements locaux

Le milieu local et communautaire possède une fine connaissance du territoire qui doit être mise à profit lors de la réalisation de tout exercice de planification. Contrairement aux professionnels de l’aménagement, les résidents et les organismes locaux connaissent le territoire grâce à leur vécu. Leurs expériences, leurs anecdotes et leurs témoignages représentent une véritable mine d’informations qui permet à la fois d’identifier les enjeux et de les hiérarchiser. Pour soutirer ces informations, il est essentiel de mettre en place des mécanismes de consultation publique ouverts et pertinents.

En 2014, étant donné qu’aucun exercice de planification en matière de transport local n’avait été réalisé par l’arrondissement de Ville-Marie, plusieurs organismes locaux se sont réunis et ont produit ensemble un mémoire pour démontrer à l’arrondissement l’importance d’une telle démarche. Ce mémoire, intitulé Ensemble vers un plan de déplacement local, identifie les principaux enjeux de transport des quartiers Saint-Jacques, Sainte-Marie et Peter McGill et propose certaines interventions. Les résultats de l’étude ont été présentés aux élus ainsi qu’aux professionnels de l’arrondissement, ce qui a provoqué l’amorce de la réalisation d’un plan local de déplacement par l’arrondissement.

En quoi la vision sectorielle doit encore être dépassée grâce à une vision plus intégrée?

Lorsqu’on traite des enjeux de transport, il faut être bien conscient que le moindre changement peut avoir des répercussions sur l’ensemble du réseau et des modes de transport qui le compose. Aussi, faut-il mettre de côté ses priorités sectorielles au profit d’une vision plus large qui comprend l’ensemble des dimensions de la vie en milieu urbain.

Par exemple, le concept d’apaisement de la circulation repose très souvent sur une approche de points noirs, c'est-à-dire que des mesures sont installées à un ou des points particuliers du réseau, très souvent aux intersections les plus accidentées. Cependant, ces interventions ne permettent pas de réduire le volume de circulation automobile à l’échelle de la ville. En plus d’être souvent peu efficaces d’un point de vue sécuritaire, ces interventions entraînent parfois des problèmes de congestions importantes.

Les stratégies d’apaisement fondées sur une approche sectorielle ont été privilégiées dès le début par le Comité de déplacement local Ville-Marie étant donné qu’elles proposent une véritable vision d’ensemble. Elles reposent sur l’idée que le réseau routier de certains secteurs présente des biais systématiques de conception, mettant la circulation motorisée en valeur au détriment des autres modes de déplacement. On utilise donc des séries intégrées de mesures d’apaisement afin de réduire la vitesse et le volume de circulation, dans le but d’améliorer non seulement la sécurité routière, mais plus largement le milieu de vie.

Quels devraient être les axes prioritaires et les interventions majeures?

Nous proposons tout d’abord que les piétons soient au cœur de la planification des déplacements. La charte du piéton de Montréal, intégrée au Plan de transport de 2008, reconnaissait le rôle de la marche, de l'activité physique ainsi que la primauté du piéton dans l'espace urbain. Cette charte devrait être intégrée ou respectée par l'arrondissement dans sa planification des transports.

Si Montréal se targue à l'échelle internationale d'être une des villes au monde où les cyclistes sont les plus nombreux, ce n'est pas vraiment en raison de la place et de l'importance accordées aux cyclistes. C’est pour cette raison que le Comité de déplacement local Ville-Marie recommande que le réseau cyclable soit complété de manière prioritaire. À titre d’exemple, le prolongement de la piste cyclable sur la rue Maisonneuve, à l'est de la rue Berri, ne doit plus attendre, tout comme le déploiement d’un réseau cyclable dans le centre des affaires.

Un centre-ville se doit d’être attractif, dynamique et vivant. Pour cette raison, le Comité a rapidement soutenu l’idée que l’arrondissement doit avoir la capacité d’accueillir le plus de personnes possible, et non le plus de voitures possible. Afin de diminuer les inconvénients causés par cette forte affluence, nous souhaitons que la plupart des gens optent pour le transport en commun, ce qui diminuerait ainsi la part modale de l’automobile. Pour y arriver, il sera nécessaire d'en améliorer la desserte et le confort. De plus, certaines mesures devront être entreprises afin de diminuer les impacts négatifs de la circulation automobile.