Edito de Félix Gravel : quelle place pour le stationnement dans la ville durable ?

La profusion d’espaces de stationnement a jusqu’ici laissé croire qu’en tous lieux, en tout temps, le  stationnement était un droit individuel et une ressource publique garantie. Or, le sol urbain est une ressource rare, qui n’a pas comme stricte vocation de faciliter les déplacements automobiles.

Répondre aux différents besoins, notamment des résidents et des commerçants – en encourageant globalement la qualité de vie – c’est une constante recherche d’équilibre, que la présente politique de stationnement identifie comme il se doit. C’est aussi le constat qu’offrir toujours plus de stationnements est contre-productif, puisque cela encourage l’utilisation de la voiture et que cela conduit irrémédiablement à une saturation de l’offre. Le « manque de stationnement » est donc une conséquence inévitable de toute politique urbaine laissant croire que l’espace public est un bar ouvert pour les automobilistes.

L’enjeu prioritaire de stationnement est, selon le CRE-Montréal, d’endiguer la dépendance à l’automobile, tout en favorisant la mobilité évidemment, de trouver des solutions là où certains ne voient que des problèmes. Le stationnement est non seulement une question de place « où ranger tous ces véhicules » mais aussi une question de « placemaking », c’est-à-dire d’un aménagement qui ne se contente pas d’être fonctionnel mais qui renforce la vitalité des lieux. Le débat se situe au niveau de l’intérêt collectif, de l’équité envers tous ceux qui se déplacent, en bref d’une ville axée sur la qualité de vie et donc moins dépendante à l’automobile. S’il y a bien un lieu où cela peut se faire, c’est en milieu urbain, puisque sa densité permet d’envisager tout un éventail de modes de déplacement.

En plus de publier son mémoire « Politique de Stationnement de Montréal: Réduire la place de l’automobile pour devenir plus mobile », le CRE-Montréal s’est allié avec deux organisations nationales pour deux autres documents. Le premier, « Aménager les intersections pour la sécurité des piétons » a été publié par Piétons Québec et le CRE-Montréal ; le second, « Un guide du parklet / placattoir pour Montréal ou comment développer un outil favorisant une dynamique collective du partage de la rue ?  » publié en collaboration ADUQ et CRE-Montréal.

Rappelons que l’enjeu est aussi celui de faire de Montréal une ville leader du climat. En ce sens, le CRE-Montréal a réclamé Des cibles et des actions concrètes pour une métropole sans pétrole dans le cadre de la consultation #VertMontréal sur la réduction des énergies fossiles. En souhaitant que toutes ces lectures puissent alimenter au mieux les commissions ainsi que les membres et les partenaires du CRE-Montréal, demandons que chaque outil de planification, chaque intervention d’aménagement s’inscrive dans le sens d’une meilleure préservation de l’environnement.  

Puisque les émissions de GES à Montréal sont principalement dues au transport des personnes et donc à l'auto solo, la réduction de la consommation de pétrole passe par des changements dans notre mobilité et dans notre utilisation de l'espace. La politique de stationnement questionne elle aussi la place de l'automobile en ville. Moins d'automobile peut signifier être plus mobile, en misant sur les transports collectifs et actifs. Cela permettrait en même temps de récupérer de l'espace pour des terrasses, du verdissement, des supports à vélo, des plus larges trottoirs, etc. Bref, se demander quelle est la place de l'automobile en ville, c'est aussi se demander quelle place publique on veut.