Recyclage du verre : pas si simple

Le verre fait partie du million de tonnes de matières résiduelles qui sont produites chaque année sur l’île de Montréal. Le recycler est intégré aux objectifs fixés par la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles. Toutefois, le chemin pour y parvenir s’avère complexe.

Pour poser les enjeux et les différentes avenues pour y répondre, le CRE-Montréal a tenu le 13 janvier dernier, en collaboration avec la Maison du développement durable, un débat sur le sujet « Valoriser le verre, trois étapes à réussir : récupération, tri, recyclage ». Trois panélistes se sont exprimés sur les freins connus et les pistes de solutions qu’ils envisagent : Louise Fecteau, gestionnaire – programme récupération hors foyer au sein d’Éco Entreprises Québec, Michel Marquis, Directeur de l'approvisionnement et mise en marché au sein de 2M Ressources et Jean-Claude Thibault, membre d’Opération Verre Vert.

Si le verre est une matière inerte, donc non dangereuse en soi, il contribue à remplir les sites d’enfouissement qui, pour la métropole, se situent tous à l’extérieur de l’île de Montréal. Pourtant, le verre représente non seulement une ressource réutilisable à l’infini mais aussi des gains environnementaux via son recyclage. En intégrant 50% de verre recyclé dans une production de nouveaux produits, ce sont 20% d’émissions de gaz à effet de serre qui sont évités. Par ailleurs, à chaque bouteille de verre recyclée, il est fait une économie d’énergie estimée à l’équivalent d’une ampoule de 100W fonctionnant pendant 4 heures. Fondre du verre recyclé (par rapport aux matières brutes) requiert une température nettement plus basse de… quelque 500oC.

Bien sûr, dans la hiérarchie des 3RV, se trouve la réutilisation avant le recyclage. Quand on sait qu’une bouteille de bière peut être remplie entre 12 et 15 fois avant de suivre le chemin du recyclage, il est facile de comprendre l’intérêt de cette pratique bien établie au Québec. Pour assurer la récupération de bouteilles non cassées et triées par modèles, la consigne est alors nécessaire.

En 2012, on estimait à 159 000 tonnes la quantité de verre générée au Québec par le milieu résidentiel, dont environ 68 000 tonnes, soit 43%, ont été acheminées aux fins de recyclage. Le reste avait pris le chemin de l’enfouissement.

La valorisation du verre post-consommation au Québec est loin d’être optimale et la fermeture en 2013 de l’usine de conditionnement Klareco, qui recevait le verre issu de la collecte sélective et traitait près de 80% du verre du Québec, a compliqué la situation. Un peu plus de la moitié du verre déposé dans le bac (57%), soit 39 000 tonnes, a ainsi été utilisé pour consolider les chemins d’accès dans les lieux d’enfouissement technique (LET) ou comme matériel de recouvrement journalier des matières enfouies. Pour l’île de Montréal, 28000t ont ainsi dû servir comme matériaux de remplacement pour les chemins dans un LET (à la place de sable et gravier). Une utilisation temporaire acceptable mais pas optimale.

Pour améliorer la gestion de cette matière, les défis à relever sont multiples et à différentes étapes du processus : collecte, tri, recyclage.

Actuellement, il existe deux modes de récupération pour le verre de type résidentiel : la collecte sélective et la consigne. À chacun ses avantages et ses inconvénients.

La collecte sélective est «facile», puisqu’elle se fait en mettant tout simplement le verre dans le bac de recyclage avec les autres matières ; c’est la collecte pêle-mêle pour les citoyens. C’est le centre de tri qui s’occupe ensuite de trier et de trouver les débouchés pour le verre à recycler. Ces opérations posent de nombreux défis sur le plan opérationnel : le verre se brise dans le camion de collecte complexifiant son tri tant en terme de séparation que de manipulation par le personnel. Le verre devient contaminé, notamment par des résidus de plastique et de métal, et contaminants, pour le papier/carton. Cette double contamination nuit à la qualité et donc à la valeur marchande, pour le verre et par le verre pour les autres matières recyclables. Il arrive aussi que le verre cause des arrêts non planifiés et use les équipements des centres de tri. Le coût des impacts du verre pour les centres de tri a ainsi été estimé à plus de 5$/tonne[1] (retrait, arrêts non planifiés, disposition des rejets, maintenance et débouché). De plus, la trop faible granulométrie du verre en provenance des centres de tri livré aux transformateurs de verre rend celui-ci difficile à traiter et parfois inutilisable pour d’autres applications que des abrasifs.

Actuellement, le manque de verre recyclé de qualité (non contaminé et uniforme) oblige certains recycleurs québécois à importer du verre de l’Ontario ou du Nouveau-Brunswick pour fabriquer des bouteilles contenant du verre recyclé. La solution prônée par certains, dont le Front québécois pour une gestion écologique des déchets (FQGED), est la séparation à la source par l’élargissement de la consigne. Considérant que 80% des contenants de boisson en verre non consignés se trouvant dans le bac de récupération provient de la Société des alcools du Québec (SAQ), le comité citoyen Opération VERRE-VERT demande l’établissement d’une consigne sur les quelque 200 millions de bouteilles de vin et spiritueux vendues par la SAQ chaque année.

Toutefois, l’élargissement de la consigne aux bouteilles de la SAQ soulève des défis logistiques à considérer, associés notamment à l’entreposage et à l’implantation de points de collecte. Aussi, reste entière la question des autres contenants en verre qui se retrouveraient toujours dans les bacs de collecte sélective.  

Les usages possibles du verre recyclés sont diversifiés : bouteilles et autres contenants, laine minérale, abrasifs. Actuellement des essais sont en cours pour intégrer de la poudre de verre dans du ciment, produite à partir de verre mixte issu de la collecte sélective. En décembre 2014, l’administration du maire Denis Coderre a approuvé un contrat de recherche de 80 000$ avec l’Université de Montréal pour étudier les méthodes d’inclusion du verre recyclé dans les mélanges de béton.

Des pistes de solution à plusieurs étapes du processus sont sur la table mais encore beaucoup de questions auxquelles répondre pour s’assurer que le verre prenne le chemin du recyclage. Un dossier à suivre de près en 2015.

[1] Étude d’impact de la présence du verre, des sacs en plastique et des plastiques émergents dans la collecte sélective au Québec – Phase II, Centre de recherche industrielle au Québec (CRIQ), 2013