Protéger et mettre en valeur un des derniers poumons verts de l’est de Montréal

En regardant une carte de l’île de Montréal, c’est frappant : le Bois d'Anjou et le golf adjacent représentent le seul gros point vert dans un océan d’asphalte. Le bois est par ailleurs un des rares espaces boisés dans l’est de l'île de Montréal. Cet espace de 40 ha est situé en bordure des limites nord-est et nord-ouest de l'arrondissement d'Anjou et des limites sud-ouest et nord-ouest de l'arrondissement de Montréal-Est. Il fait déjà partie du réseau des parcs-nature depuis bien longtemps mais n’est ni aménagé ni accessible au public.

Un élément clé de la trame verte et bleue

Le bois d’Anjou constitue un élément important d’une trame verte et bleue reliant la rivière des Prairies au fleuve Saint-Laurent. Cette volonté d’assurer une connexion entre le parc-nature du Ruisseau de Montigny au nord et le parc de la promenade Bellerive au sud est un des quatre chantiers structurants de la politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels. Il se situe également au coeur du territoire du projet ILEAU coordonné par le CRE-Montréal.

 


Carte 1 : Bilan de la politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels 2009-2012

Jouxtant le bois d’Anjou, le terrain du  golf métropolitain d’Anjou constitue l’unique espace vert important dans ce secteur très minéralisé, en bordure du parc industriel d’Anjou. Malheureusement, une partie importante des espaces verts de ce golf est mise en péril par un changement d’affection au Schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération de Montréal adopté en 2015 permettant le développement industriel sur une majeure partie du terrain.

Le golf est encore zoné pour cet usage et appartient à la Ville. Voici une occasion unique pour l’Est de Montréal, si mal pourvu en espaces verts, d’offrir à sa population un accès formidable à la nature. Et quand on parle de population, il faut inclure tous les travailleurs de la zone industrielle adjacente qui pourraient avoir un lieu de détente proche pour leur heure de lunch.

L’accès, au coeur du dossier

L’accessibilité au bois d’Anjou est un enjeu central. Bien sûr il faut officiellement «ouvrir» le parc-nature au public mais les mesures nécessaires doivent être prises afin de permettre aux résidents des quartiers environnants de Rivière-des-Prairies et d’Anjou d’y accéder de façon sécuritaire et conviviale. On parle ici d’accès à pied et à vélo.

Carte 2 : Schéma d’aménagement 2015

 

Ne pas réduire à zéro les efforts de la collectivité 

Si on laissait disparaître le golf au profit de développement commercial et industriel, on viendrait réduire à néant les efforts de la collectivité dans la lutte contre les îlots de chaleur et d’adaptation aux changements climatiques (via le verdissement et la gestion des eaux de pluie), efforts consentis entre autres dans le cadre du projet ILEAU.  Cela serait en contradiction avec la volonté de consolider les corridors écologiques, telle qu’inscrite dans le PMAD et le SAD. La perte de ces espaces verts constituerait un coup dur porté aux actions de renforcement des liens pour la faune et la flore, et à la biodiversité en général dans cette partie de l’île, déjà mise à mal à ce niveau.

Les espaces verts, incontournables dans la lutte aux changements climatiques

Alors que l’agglomération a présenté son plan d’adaptation et que le rôle des villes dans la lutte aux changements climatiques est au coeur des discussions entourant la Conférence de Paris, la métropole doit faire de sa trame verte et bleue un puissant capteur de CO2 et une véritable bouffée d’air frais pour le climat. La protection et l’agrandissement des espaces verts sont à ce titre des mesures nécessaires à mettre en oeuvre dans les actions pour le climat, que le nouveau Plan d’adaptation met clairement de l’avant.

Carte 3 : Plan d’urbanisme 2009 

Le golf d’Anjou à protéger, une question d’équité territoriale

L’agglomération de Montréal s’est donné l’objectif de protéger 10% de son territoire en milieu terrestre. Le bois d’Anjou et le golf sont incontournables pour atteindre cette cible et le faire d’un point de vue équitable sur le plan territorial. Avec 6% actuellement protégé, ce sont près de 2000 ha qu’il reste à conserver. Il faut absolument profiter des espaces verts existants comme les golfs pour augmenter cette portion de milieux naturels protégés.

Rappelons que les terrains de golf sont des espaces verts de grandes dimensions en milieu urbain qui pourraient disparaître sous des développements immobiliers. Le golf de Meadowbrook en a été un bel exemple fort médiatisé.  

Le golf d’Anjou, adjoint au parc-nature, permettrait de créer un grand espace vert d’agglomération de plus de 100 ha, offrant diverses expériences nature: zones boisées, humides, ouvertes…  

Souhaitons que ce qui n’est encore qu’une recommandation devienne dans les prochaines années une belle réalité pour toutes les familles et les travailleurs dans l’Est de l’île qui cherchent à prendre davantage contact avec la nature.