Parc Jean-Drapeau - Se doter rapidement d’une vision d’ensemble cohérente pour l’ensemble du parc

La semaine dernière, des travaux d’envergure ont été annoncés dans la partie Ouest du parc Jean-Drapeau. Le projet présenté comprend entre autres d’ici 2019 la création d’une esplanade pouvant accueillir 65 000 festivaliers et le réaménagement de la promenade entre le métro et l’oeuvre magistrale «l’Homme» de Calder. Ce vaste projet, par ailleurs intéressant à bien des égards, et à l’instar de bien d’autres, ne s’inscrit pas dans une vision globale du développement de ce parc magistral.

Depuis les années 2000, le CRE-Montréal et plusieurs organisations interpellent les dirigeants du parc ainsi que les élus au sujet du parc Jean-Drapeau. Récemment, un édito conjoint avec Héritage Montréal dressait l’état de la situation et soulignait l’urgence d’agir.

Pour définir un projet, on a besoin au préalable d’une vision globale. Actuellement la pratique est inversée : de multiples projets sont mis sur la table, certains se concrétisant. La révision du Plan directeur, qui a plus de 20 ans, donnerait des lignes claires en matière de ce qui peut se développer sur les îles. En le faisant par la voie d’un processus de consultation publique de l’OCPM, toute la société civile serait invitée d’une part à prendre connaissance des spécificités et des défis que doit relever le parc Jean-Drapeau, et d’autre part à émettre son point de vue sur l’aménagement et les usages permis et à consolider.

En 2004, le CRE-Montréal et plusieurs organisations publiaient le document « Les espaces verts et bleus du parc Jean-Drapeau, un patrimoine à protéger ». Des actions médiatiques et avec les élus avaient accompagné ce document mais force est de constater que dix ans plus tard, la majorité des recommandations n’ont pas été intégrées.

Pour que ce lieu continue de bien porter son nom de PARC, la vocation d’accès à un espace vert et bleu public doit être préservée. Les richesses collectives naturelles et patrimoniales ne peuvent être reléguées au deuxième plan. Le projet de réaménagement de la partie ouest met en lumière plusieurs éléments que le CRE-Montréal a déjà partagés plusieurs fois au cours des dernières années :

  • Réfléchir jusqu’où minéraliser le parc : Les grandes surfaces prévues posent la question tant en terme d’îlot de chaleur que de la place du vert. Concernant l’énorme esplanade prévue pour des mégaconcerts estivaux, la question préalable de déterminer si le parc devrait accueillir ce genre d’événements devrait être posée. Elle est légitime puisque l’on parle d’un parc public où des visiteurs se promènent toute l’année.
     
  • Définir les activités compatibles avec les vocations du parc : Certaines activités génèrent des nuisances : bruit, forte circulation automobile, entreposage de matériels de chantier, installation de clôture métalliques... Jusqu’où peut-on le permettre ? Y a-t-il des mesures de mitigation qui devrait être obligatoires ? Comment préserver la quiétude et l’aspect bucolique des espaces verts et bleus dédiés à la promenade ?
     
  • Déterminer les actions à entreprendre pour mettre en valeur les richesses naturelles, paysagères et culturelles :  Le parc Jean-Drapeau constitue un endroit idéal pour connecter le citoyen avec le fleuve, lui offrir des paysages exceptionnels et un contact avec la nature (le pendant du mont Royal). Comment préserver les atouts et davantage les mettre en valeur tout en ouvrant des vues sur l’eau ? Comment mettre en valeur le patrimoine naturel et bâti ?
     
  • Préserver et enrichir la biodiversité : Montréal fait face aux ravages de l’agrile du frêne qui menace une partie importante de la forêt urbaine. Plusieurs frênes infectés ont été identifiés dans le parc. Arbres, arbustes et autres plantes sont très nombreuses sur l’île qui accueille une faune ailée importante et diversifiée. Comment s’assurer que les aménagements préserveront et augmenteront la biodiversité dans le parc ? On connaît aujourd’hui la grande valeur des milieux humides.  Comment s’assurer de les protéger dans les divers projets d’aménagements ?
     
  • Assurer l’accessibilité en tout temps au parc pour l’ensemble de la population : Le parc représente un grand espace public de la métropole qui doit être accessible à l’ensemble de la population, 365 jours par an. L’accessibilité passe non seulement par les activités qui s’y déroulent mais aussi tout simplement par l’accès à la nature et à des espaces verts et bleus pour s’y balader. Comment s’assurer que les activités et les installations permettent cette «expérience nature» en toute saison et spécialement en été et durant les fins de semaine ?
     
  • Connecter davantage le parc à la Montagne : Le projet de promenade urbaine Fleuve-montagne et les actions prévues dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, ouvrent de belles perspectives en ce sens. Comment assurer la connexion ? Quelle place donner à la navette fluviale ? Comment aménager la rive pour rendre le lieu d’accostage plus attractif ?

Toutes ces questions démontrent que des aménagements et des activités d’envergure au parc Jean-Drapeau nécessitent une analyse globale s’appuyant sur une vision elle aussi globale, déterminée par un processus démocratique de consultation publique. La société civile montréalaise attend depuis longtemps la mise en place d’un tel processus pour ce qui, tout le monde en convient, est un des plus beaux sites de la métropole.

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