De nombreuses attentes pour la Politique de stationnement de Montréal : édito de Félix Gravel, responsable transport au CRE-Montréal

En quoi le stationnement est un enjeu majeur pour Montréal?

Le stationnement est, par nature, une porte d’accès à nos villes, et donc une clé de la mobilité urbaine. Les villes ont jusqu’à présent géré le stationnement en cherchant à en offrir le plus possible et le moins cher possible. Cette approche est en partie responsable des problèmes de congestion, mais aussi d’effets d’îlots de chaleur urbains et de manque d’espace en ville.

En cherchant à mieux connaître l’offre de stationnement sur l’île, l’agglomération de Montréal a entamé un pas dans la bonne direction. Le portrait diagnostic sur le stationnement qui sera dévoilé sous peu revêt donc une grande importance. Souhaitons qu’il soit le plus complet possible afin qu’il permette une meilleure gestion de la mobilité et d’utilisation de l’espace public.

Qu’attendez-vous de la politique de stationnement qui découlera du portrait de l’offre dans l’agglomération?

On s’attend à ce que Montréal affirme son statut de ville verte, telle qu’elle a été décrite par le Maire de Montréal la semaine passée pour l’annonce Future earth. Pour ce faire, la politique de stationnement qui sera lancée en consultation publique dans les prochaines semaines devra poursuivre les objectifs de réduction de la dépendance à l’automobile notamment en favorisant un transfert modal vers le transport collectif. Elle devra aussi permettre d’améliorer la réglementation d’urbanisme afin notamment que les exigences correspondent plus fidèlement aux besoins réels. Elle sera aussi un outil de planification essentiel dans la lutte aux îlots de chaleur urbains, et on souhaite que le verdissement et la conception plus écologique du stationnement ne soit plus laissée au bon vouloir des propriétaires.

En quoi le stationnement est-il un enjeu pour la ville intelligente?

Le concept de ville intelligente est ici intéressant s’il est déployé à bon escient. Par exemple, le jalonnement dynamique et le téléjalonnement permettront d’indiquer la direction, la distance et le nombre de places disponibles dans les stationnements. Une meilleure signalisation, continuellement mise à jour, permettra aux conducteurs de savoir où se garer, ce qui permettra de réduire la congestion créée par la recherche d’un stationnement. Nous espérons que ces solutions technologiques permettent aussi la tarification basée sur la demande, et ce, afin que de favoriser un meilleur prix d’équilibre et des choix de transport plus rationnels. Le partage de stationnement est aussi un bon outil avec une mise en réseau des espaces disponibles pour obtenir des meilleurs taux d’occupation et ainsi d’éviter d’en construire inutilement.

Pensez-vous que la politique de stationnement permettra de faire d’autres avancées?

On peut en effet s’attendre à certaines améliorations en matière d’urbanisme et de stationnement. Par exemple, il est fort probable que la Norme BNQ (Lutte aux ilots de chaleur urbains — Aménagement des aires de stationnement — Guide à l’intention des concepteurs) soit intégrée. Cependant, cette norme porte mal son nom et ressemble plus à un guide des bonnes pratiques formulé comme un menu à la carte. Il faudrait donc que certains critères aient un caractère moins facultatif afin de mieux généraliser l’aménagement écologique des cases de stationnement.

On peut aussi espérer que la politique de stationnement dispose de réels leviers réglementaires en étant enchâssée dans la politique de transport et d’urbanisme. Avec ces outils légaux, les municipalités devraient abaisser leurs exigences minimales de stationnement et fixer des maximums quant aux superficies dédiées à l’entreposage automobile. On espère aussi que cette politique fasse une bien meilleure place aux mobilités alternatives. L’autopartage et les véhicules en libre-service ont démontré leur contribution au cocktail transport dans les arrondissements où ils sont autorisés. L’autopartage, qui existe depuis de nombreuses années à Montréal, permet directement de réduire le nombre d’espaces de stationnement nécessaire, puisque de nombreux usagers du service ne possèdent pas de véhicules. En électrifiant ces voitures, d’autres gains se feraient au niveau des GES. Enfin, on peut espérer des normes plus ambitieuses pour l’intégration de stationnements pour vélos.

Quelles limites pensez-vous que la politique de stationnement revêtira?

On ne peut présumer d’avance d’un portrait ou d’une politique avant qu’elle n’ait été annoncée.

On sait déjà que certains pouvoirs relèvent d’autres paliers de décision, limitant ainsi la marge de manœuvre. Il est par exemple souhaitable que le Gouvernement du Québec et la CMM obligent les entreprises qui offrent un stationnement gratuit à donner le choix à leurs employés entre le stationnement gratuit ou l’équivalent en argent pour le transport en commun. La Ville de Montréal pourrait montrer l’exemple et cesser d’offrir du stationnement gratuit à ses employés, ce qui permettrait de libérer de l’espace et de cesser de subventionner les déplacements en voiture.

Il semble aussi inéluctable que la politique se confrontera à certaines limites, notamment en ce qui a trait à la mise à jour et la connaissance réelle de l’offre de stationnement. C’est pourtant fondamental dans la gestion de la mobilité, et cette connaissance devrait même être intégrée à l’échelle métropolitaine. C’est une des limites de la ville intelligente : l’importance de données fiables et en temps réel se buttent parfois à nos moyens technologiques bien que l’on puisse s’attendre à certaines innovations.

Qu’avez-vous à dire pour conclure?

Le CRE-Montréal souhaite que l’ajout de stationnement cesse d’être présenté comme une solution miracle. Partout dans le monde où les villes ont misé sur l’abondance de stationnement, le centre-ville s’est retrouvé plus congestionné, et le commerce a décliné de même que l’utilisation du transport collectif. Le CRE-Montréal souhaite aussi que les critères d’intégration soient à l’avant-garde.  Les stationnements souterrains doivent être privilégiés et lorsque ce n’est pas possible, les stationnements de surface doivent avoir une meilleure qualité esthétique et un impact environnemental minimal. Enfin, notre organisme souhaite que les différentes organisations et les citoyens s’emparent de cet enjeu et participent aux consultations publiques, afin que le stationnement soit intégré aux préoccupations collectives pour la mobilité durable.

Nous vous invitons à assister à notre événement, organisé en collaboration avec le Forum Urba 2015, le 16 mars prochain sur « Quelles places pour l’auto dans la ville durable ? ». Pour consulter le programme détaillé de l'événement et s'inscrire.

Pour plus d’informations :

(Quelques) Articles :

Guide :

« Le stationnement, un outil incontournable de gestion de la mobilité et de l'aménagement durables »

Position du CRE-Montréal :

Pour en savoir plus, consultez notre page dediée à notre position sur le stationnement.

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