Retour sur la matinée de présentation et de discussion sur le réaménagement de la rue Sainte-Catherine Ouest

L’Alliance pour un nouveau partage de la rue sainte-Catherine tenait jeudi dernier une rencontre d’échange avec une cinquantaine de partenaires sur la vision de ce que devrait être cette artère commerciale après réfection. Des représentants d’organismes comme TCAIM, Héritage Montréal, Forum Jeunesse, Coalition vélo Montréal ainsi que des architectes, urbanistes et ingénieurs ont alimenté la réflexion. En voici le fruit.

Dans la première partie de la rencontre, les membres de l’Alliance et Louis Drouin de la Direction de la santé Publique de Montréal (DSP) ont présenté les résultats de leur travail visant à étayer l’argumentaire en faveur de la proposition d’aménagement de l’Alliance.

Partant du constat que les quatre options présentées par la Ville sont insatisfaisantes car la grande place faite à la voiture limite fortement les possibilités d’aménagement de la rue, l’Alliance s’est appuyée sur ses huit principes directeurs ci-dessous pour bâtir son argumentaire :

  • 1. Une rue partagée pour répondre aux besoins de l’ensemble des usagers, résidents, travailleurs, consommateurs et touristes
  • 2. Une rue qui donne en tout temps beaucoup plus d’espace à ses milliers de piétons en réduisant considérablement l’espace consacré à la voiture
  • 3. Une rue place publique à échelle humaine, qui offre tous les prétextes à la rencontre, au magasinage, au flânage et à l’animation, en toutes saisons
  • 4. Une rue plus verte qui allie végétalisation et innovations environnementales
  • 5. Une rue dont la piétonisation se module au gré des saisons et des événements
  • 6. Une rue plus sécuritaire et conviviale pour les piétons, les cyclistes et les personnes à mobilité réduite
  • 7. Une rue attrayante grâce à sa vitalité commerciale et à ses évènements uniques
  • 8. Une rue qui offre le meilleur du design, met plus en valeur son patrimoine bâti et inclut l’Art sous ses différentes expressions

Louis Drouin de la DSP a présenté les enjeux de santé publique du centre-ville en lien direct avec la circulation automobile : traumas routiers, mauvaise qualité de l’air font malheureusement bon ménage avec une forte présence de l’automobile. Les chiffres présentés parlaient d’eux-mêmes.

L’analyse du stationnement dans le secteur de la rue Sainte-Catherine Ouest, effectuée par le CRE-Montréal, et celle la Ville montrent clairement que le stationnement sur la rue sainte-Catherine ne représente qu’un très faible pourcentage de l’offre dans le quartier, notamment avec les nombreuses places dans les ouvrages en souterrain :

Sur les premiers 600 m :

  • Stationnement sur rue :              855 cases (11.3%)
  • sur Sainte-Catherine Ouest :     175 cases (2.3%)
  • Stationnement hors rue :           6 692 cases (88.7%)

À noter que les stationnements illégaux sont nombreux sur la rue Sainte-Catherine, c’est-à-dire de nombreuses places se trouvent à l’intérieur des 5m réglementaire aux intersections pour prioriser la sécurité du piéton, tel que stipulé par le code de la sécurité routière. 

Même advenant le fait que les stationnements souterrains soient très occupés, avec  seulement 10% de ces stationnements disponibles, cela signifierait quand même plus de 600 places alors que la rue Sainte-Catherine n'en offre que 175 ! Il suffirait de bien informer et diriger les autos, en faisant appel aux techniques de la ville intelligente, via notamment le jalonnement dynamique et le partage de stationnement.

Actuellement toute personne stationnant sur Sainte-Catherine doit marcher car elle n'est jamais assurée de trouver une place en face de son lieu de destination. On peut donc estimer que la distance de marche à parcourir est équivalente en cas de stationnement sur des rues transversales, entre Maisonneuve et René-Lévesque.

En revanche, il y a un manque flagrant de support à vélo sur Sainte-Catherine avec seulement 34 supports sur la portion du 600m étudié.

L’étude de cas de la piétonisation de rues de villes nordiques effectuée par le CÉUM a montré les différentes conditions de sa réussite avec des modèles qui se déclinent de plusieurs façons : Pedestrian mall, Transit mall, pedestrian plaza. En Europe, il y a eu une réponse à la croissance du trafic automobile avec une piétonisation favorisée par la haute densité et le cadre bâti ainsi que par l’inclinaison culturelle à la marche. En Amérique du Nord, alors qu’en 1960 il y avait 200 rues piétonnes, il n’y en a plus que 30 aujourd’hui car toute la place a été faite à l’automobile, associée à l’étalement urbain et la faible densité. Il y a toutefois de beaux exemples nord-américains de réappropriation de l’espace public au profit des piétons, et cela même dans des villes recevant autant de neige que Montréal. La présence d’une navette sillonnant la rue est un élément important du succès de la rue piétonne quand elle est longue.

Le tour des villes nordiques a aussi permis à Vélo Québec de constater que la plupart des rues piétonnes dans le monde sont ouvertes aux cyclistes sous le mode partage et de donner la priorité aux piétons.

Les discussions avec les participants ont permis de dégager des pistes de réflexion intéressantes pour une nouvelle rue Sainte-Catherine. La plupart des personnes présentes s’accordaient pour dire que cette rue emblématique de Montréal mérite un grand projet axée sur sa piétonisation, intégrant vélos et navette de transport collectif pour faciliter les déplacements d’un bout à l’autre. Un tel format permettrait véritablement une mise en valeur de son patrimoine et de ses vues, une dynamisation de ses espaces publics, des aménagements de qualité et permanents, une expérience unique au Québec attractive pour les résidents, les travailleurs, les étudiants, les touristes, et donc bénéfiques pour les commerces.

Finalement, si tous conviennent de l’occasion que représente la réfection des infrastructures souterraines, il n’en demeure pas moins qu’un projet aussi majeur pour la métropole ne peut se faire à la va-vite. Le temps nécessaire doit être pris pour établir le plan d’aménagement et cela d’autant plus qu’il manque des données importantes pour poser un regard éclairé sur tous les aspects importants de la rue : étude d’ambiance, cartographie des points d’intérêts, patrimoniaux, des points de vue, la superposition du réseau souterrain et ses sorties, une carte montrant tous les stationnements souterrains dans les rues transversales et une étude d’occupation, une étude sur les modes de déplacement des usagers de Sainte Catherine…

En bref, la rue Sainte-Catherine mérite le meilleur et c’est le moment de lui donner.

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