Montréal à la croisée des chemins

Au cours des derniers mois, le Gouvernement du Québec a annoncé des investissements de plusieurs milliards de dollars pour rénover et développer les infrastructures de transport sur l’île de Montréal, des investissements salués par la grande majorité des Montréalais puisque plusieurs de ces infrastructures telles que l’échangeur Turcot et le Métro de Montréal ont plus de quarante ans et que les besoins de transport de notre métropole croissent  rapidement.

Lettre collective concernant la modernisation de la rue Notre-Dame et du complexe Turcot, publiée dans Le Devoir du jeudi 7 mai 2009

La reconstruction du complexe Turcot et la transformation de la rue Notre-Dame constituent une occasion unique de réaliser des projets dont les choix de fonctions, de gabarit et d’implantation contribueront à transformer Montréal en une grande métropole avec un centre-ville dynamique, où la créativité, le développement des affaires, la protection de l’environnement et la qualité de vie seront au rendez-vous.

Qualité de vie

Aujourd’hui cependant, avec  l’accroissement continu de la population dans les banlieues, l’augmentation constante de la circulation, du parc automobile et de la congestion routière, un constat s’impose. Il n’est plus possible d’accroître le nombre de véhicules sur l’île de Montréal, en particulier au centre-ville,  sans affecter la qualité de vie des résidants et des travailleurs des quartiers centraux, sans nuire à l’économie locale mais aussi régionale et sans compromettre l’avenir de notre planète.

Toutes les métropoles font face à la même problématique et priorisent des solutions nouvelles permettant d’améliorer la mobilité des personnes et des marchandises tout en contribuant à la lutte aux changements climatiques, à l’amélioration de la qualité de l’air, à la revitalisation des quartiers centraux, à la réduction de notre dépendance au pétrole et à la relance économique. Montréal ne peut échapper à ce processus. 

Choix collectifs

Dans la mesure où le gouvernement du Québec souhaite investir plus de trois milliards de dollars dans la modernisation de la rue Notre-Dame et la reconstruction du complexe Turcot mais ne dispose pas des fonds nécessaires pour construire tous les projets présentement à l’étude, nous devons collectivement faire des choix. Ces choix, tout en visant à obtenir le maximum de gains pour les investissements consentis, devront permettre de bâtir un meilleur équilibre entre l’usage de la voiture, du camionnage et des transports collectifs et actifs dans le milieu urbain.

Heureusement ce ne sont pas les solutions qui manquent pour améliorer la mobilité dans l’axe de l’autoroute Est-Ouest et offrir des alternatives à l’usage de l’auto en solo, notamment aux 65% de navetteurs qui empruntent cet axe matin et soir: la construction d’une ligne de tramway, la navette ferroviaire entre l’aéroport et le centre-ville de Montréal, l’accroissement de l’achalandage du train de Rigaud, les voies réservées pour autobus et le Viabus de l’est.

Services durables

La reconstruction de l’échangeur Turcot sur plusieurs années exige de planifier et d’implanter des mesures de mitigation en transports collectifs avant que les travaux commencent afin de limiter l’étranglement routier et économique. Cela représente une belle occasion de mettre en place des services qui demeureront après les travaux. Les choisir en même temps que se définit le concept du nouveau Turcot permettrait certainement d’améliorer ce dernier, de contribuer au développement économique et urbain des secteurs traversés et à la diminution véhiculaire dans l’axe est-ouest.

Tel que suggéré par le Vérificateur général, le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal doivent procéder à une « analyse comparée et documentée des différents scénarios possibles » permettant une meilleure prise en compte des incidences à court et à long termes des projets de transport sur la santé, le contexte social, l’économie, l’environnement, l’utilisation des ressources naturelles pour mieux servir la communauté.

Vision du transport

C’est pourquoi nous unissons nos voix aujourd’hui, sur la nécessité de doter Montréal d’une vision du transport et de l’aménagement, en particulier dans l’axe de l’autoroute Est-Ouest, objet des prochaines consultations,  pour les prochaines décennies. Le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal et l’ensemble des acteurs de notre collectivité doivent prendre part à ce débat, afin d’identifier des solutions concrètes et globales pour l’avenir des citoyens et des entreprises tout en évitant un immobilisme qui se ferait également au détriment de Montréal et de sa grande région.

Montréal est à la croisée des chemins et nous ne pouvons manquer cette occasion unique de réaliser une ville à l’image de ce que nous sommes et nous serons, en harmonie avec nos valeurs et nos aspirations. Boston, San Francisco, Vancouver, Portland, New York, les villes européennes le font. Pourquoi pas nous ?

Signataires :

  •     Florence Junca-Adenot, Directrice Forum URBA 2015, Professeure associée au département d’études urbaines et touristique de l’UQAM et ex-PDG AMT
  •     André Porlier, Directeur général du Conseil régional de l'environnement de Montréal
  •     Steven Guilbeault, Écologiste et porte-parole Equiterre
  •     Gérard Beaudet, Directeur de la faculté d’aménagement et d’urbanisme de l’Université de Montréal
  •     Louis Brisson, Président-directeur général de l’Association pulmonaire du Québec
  •     Pierre Gauthier, Professeur, Faculté géographie, Université Concordia
  •     David B.Hanna, Directeur des études urbaines, UQAM
  •     Louise Vandelac, professeure titulaire, Département de sociologie, institut des sciences de l'environnement UQAM
  •     Hélène Lauzon, Présidente du Conseil patronal de l’environnement du Québec
  •     Pierre Morrissette, Directeur général, Regroupement économique et social du Sud-Ouest
  •     Michel Ducharme, Président, Conseil régional du Montréal métropolitain de la FTQ
  •     Gaétan Chateauneuf, Président du Conseil central du Montréal Métropolitain CSN
  •     Nancy Neamtan, Présidente-directrice générale du Chantier d’économie sociale
Position :