Les trois conditions pour que le Québec puisse réduire de 25 % ses émissions de GES d’ici 2020

Dans le cadre de la Commission parlementaire sur la cible de réduction d’émissions de GES que le Québec devrait se fixer d’ici 2020, le CRE-Montréal et le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) ont présenté leur mémoire cette semaine et envoyé un message très clair au gouvernement : le Québec doit réduire d’au moins 25% ses émissions de GES d’ici 2020 et pour y parvenir, le gouvernement doit s’attaquer sans plus tarder au transport, mettre un prix au carbone et faire preuve de plus de cohérence dans ses propres projets...comme Turcot et Notre-Dame.

Montréal va de l’avant

Selon les recommandations du GIEC qui estime que les pays doivent réduire de 25% à 40% leurs émissions de GES par rapport au niveau de 1990, le CRE-Montréal, le RNCREQ et plusieurs groupes environnementaux du Québec enjoignent le gouvernement du Québec de se fixer une cible ambitieuse et de réduire d’au moins 25% les émissions de GES d’ici 2020. La bonne nouvelle, c’est que le gouvernement va pouvoir compter sur l’appui de sa métropole qui elle s’est engagée cet automne à réduire de 30% ses émissions d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990.

Cependant, pour atteindre de tels objectifs, encore faut-il que les mesures suivent…Et c’est là-dessus que le gouvernement devra insister au cours des prochains mois. Selon le CRE-Montréal,  l’atteinte des objectifs dépend en grande partie de 3 conditions que voici.

Bonifier les transports collectifs et décourager l’utilisation de l’auto-solo

Pas de surprise ici, ce secteur est le principal responsable des émissions de GES au Québec, avec 40% des émissions. Selon les projections du MTQ, on doit s’attendre à une augmentation de 20% des GES attribuables au transport d’ici 2026. Ce dossier doit donc être traité en priorité par le gouvernement. Évidemment les mesures pour bonifier les alternatives à l’auto-solo comme le co-voiturage, le bixi, l’offre de transport collectif doivent être poursuivies, mais le gouvernement doit mettre en place sans plus tarder des moyens pour décourager l’auto-solo dans les zones urbaines en cessant d’augmenter la capacité des autoroutes, en instaurant les péages urbains, en implantant une taxe sur le stationnement ainsi qu’une politique de réduction du nombre de stationnements de longue durée. Ce faisant, Montréal joindrait le cercle des grandes villes comme Londres, Paris, New York et Stockholm qui ont réussi à réduire significativement l’utilisation de la voiture en ville et du même coup leurs émissions de GES.

Il est également primordial de contrôler l’étalement urbain afin de créer des villes propices à l’utilisation des transports collectifs.

Mettre un prix sur le carbone

Mettre un prix sur le carbone constitue la pierre angulaire de toute politique de réduction des émissions de GES. Il va de soi que l’augmentation progressive de la taxe sur le carbone mise en place en 2007 (présentement à 0,8$ le litre d’essence) est un incontournable et le gouvernement devra veiller à ce que les fonds recueillis soient dédiés à financer le développement du transport collectif, des énergies renouvelables et des programmes d’efficacité énergétique. Afin d’obliger l’industrie à redoubler leurs efforts pour réduire leurs émissions de GES, il est impératif que le Gouvernement du Québec aille de l’avant avec l’implantation d’un système de quotas et d’échange de carbone (bourse du carbone).

L’exemplarité du gouvernement

La clé de la réussite du plan de réduction des émissions de GES du Québec repose en grande partie sur la cohérence du gouvernement. Des investissements de 40 milliards de $ sont déjà prévus pour la mise à niveau des infrastructures. Ces nouveaux projets doivent contribuer dès maintenant à nous rapprocher de nos cibles. La réfection de l’échangeur Turcot et le réaménagement de la Notre-Dame dont les coûts s’élèvent à près de 3 milliards $ doivent faire partie de la solution pour réduire la circulation automobile, et non le contraire. Le gouvernement doit donc revoir ses plans afin d’éviter que ces projets ne viennent saper les efforts de la Métropole dans la lutte aux changements climatiques. Il doit à tout prix mettre en place des mesures (navette ferroviaire entre le centre-ville et l’aéroport, trains de banlieue, tramway et autobus) qui vont faire en sorte que les 90 000 déplacements supplémentaires prévus d’ici 2016 dans l’axe de Turcot et Notre-Dame se feront en transport collectif ou en covoiturage et non en auto-solo.

André Porlier
Directeur général
Conseil régional de l’environnement de Montréal