La coalition pour humaniser la rue Notre-Dame propose des solutions de notre siècle

La coalition pour humaniser la rue Notre-Dame propose des solutions de notre siècle, entrevue avec Monique Désy Proulx, Coalition pour Humaniser Notre-Dame

Pourquoi avez-vous formé la Coalition pour Humaniser Notre-Dame?

La Coalition pour humaniser la rue Notre-Dame a vu le jour en décembre 2007. Elle regroupe des citoyens et des organisations qui croient à la ville comme lieu de vie et de civilisation, qui voient la rue comme un lieu de rencontres et qui veulent mettre de l’avant une perspective à échelle humaine pour l’avenir de la rue Notre-Dame, ainsi que de toute la région de Montréal, en tenant compte aussi bien de la mobilité des gens et du tissu urbain que de la présence exceptionnelle du fleuve. L'objectif de la coalition est donc de remettre sur la planche à dessin le concept de boulevard urbain développé par la ville de Montréal dans son mémoire « La rue Notre-Dame : Un nouveau boulevard urbain multimodal entre l'est de Montréal et le centreville » de janvier 2002.

Que reprochez vous au projet présenté par le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal?

Le projet proposé cette année à la population par le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal semble la réplique du projet d’autoroute qui avait été présenté en 2001 et qui avait été rejeté alors par le BAPE, dans son rapport de 2002. Une autoroute en milieu urbain nous semble tout à fait inacceptable, surtout que les effets
négatifs d’une telle option ont été bien documentés depuis quelques années et qu’il existe maintenant une technologie d’avenir beaucoup mieux adaptée à la vie urbaine et aux problèmes de congestion et de pollution, il s’agit bien sûr du Nouveau Tramway, dont le Québec est un des plus grands fabriquant au monde, sans toutefois en avoir un seul d’installé sur son territoire…

L’autoroute aurait pour effet d’augmenter le nombre de voitures en ville jusqu’à 150 000 véhicules par jour, le long de quartiers pourtant peuplés densément, ce qui confirmerait la rupture entre le fleuve et les quartiers riverains, en imposant au territoire urbain une large et irrémédiable cicatrice de béton. Cette solution nous paraît dépassée en favorisant, entre autres, l’étalement urbain au détriment de la vitalité de la ville. De plus, elle contribuerait à augmenter la congestion du centre-ville, qui est déjà submergé par les voitures et les camions. Si l’on veut développer un centre-ville qui soit autre chose qu’un vaste parking, il faut opérer un sérieux virage et investir massivement dans le transport collectif de pointe et imaginer des solutions pour rationaliser le camionnage.

En outre, la solution préconisée par les pouvoirs publics contribuerait à augmenter la quantité de gaz à effets de serre, à polluer l’air lui-même en multipliant la quantité de particules fines en suspension, tout cela dégradant l’environnement et provoquant des effets dévastateurs sur la santé publique. Pour finir, ajoutons qu’en procédant à une telle construction, on multiplierait les problèmes de sécurité dans les quartiers riverains, qui seraient enclavés par des buttons, des murets et des tranchées, ce qui contribuerait également à leur dégradation. Pour tout dire, on consacrerait à du transport privé 3 milliards de dollars d'argent public ! (Montant tenant compte des dépenses à venir à l’ouest de Ville-Marie et qui relèvent de la même logique autoroutière).

Quelles solutions proposez-vous?

La Coalition pour humaniser la rue Notre-Dame propose de rationaliser les activités de camionnage et de transformer la rue Notre-Dame en axe de transport public de pointe, avec le Nouveau Tramway, et en boulevard urbain de débit moyen. Nous endossons les solutions proposées par le Groupe de recherches urbaines, qui préconise un bouquet de solutions pour diminuer notablement le nombre de camions sur la rue Notre-Dame, par trois moyens bien documentés :

  1. connecter le trafic du port directement avec l’autoroute 25 ; 2) faire traverser les matières pétrolières sous le fleuve par oléoducs ;
  2. envoyer les camions en provenance de l’ouest de l’île sur le pont Mercier et ensuite sur la rive sud par l’autoroute 30 qui serait complétée dans son segment nord (la 132) afin de permettre à ce camionnage de se diriger vers les États-Unis ou la Montérégie (leurs destinations naturelles), sans avoir à traverser des quartiers habités par des familles.

Une fois ces trois solutions mises en place, il y aurait également lieu de respecter un plan de camionnage qui ferait en sorte que des camions plus petits sillonneraient les rues de la ville, pour de la livraison, puisqu’on a constaté que très souvent, les camions servent d’entrepôt et qu’ils circulent parfois pleins, mais aussi parfois —souvent— vides ! Une telle diminution du camionnage serait alliée à une mise en place du Nouveau Tramway  sur la rue Notre-Dame pour permettre à des milliers de citoyens de circuler aisément à Montréal sans avoir à se taper les bouchons. Cela permettrait à de nombreuses familles de se dégager de la responsabilité d’avoir à entretenir une et souvent même deux voitures, ce qui représente une immense perte de pouvoir d’achat.

Quels sont les avantages d'un boulevard urbain?

Un véritable boulevard urbain est en lien avec la trame urbaine. C’est là la principale différence entre un boulevard et une autoroute. C’est d’ailleurs pourquoi un boulevard permet la revitalisation d’un centre-ville alors que les autoroutes détruisent la vie des quartiers.

Sur Notre-Dame, il pourrait très bien ne pas y avoir plus de véhicules que sur le boulevard Saint-Joseph ! En effet, le problème actuel de congestion est un problème pendulaire, c’est-à-dire qu’il existe (aux dires mêmes des représentants du ministère) pendant une trentaine d’heures par semaine… On s’apprête donc à construire une
structure de béton extrêmement disgrâcieuse et coûteuse et porteuse de destruction pour la vie urbaine, et tout cela pour… 25 ou 30 heures par semaine ! Au contraire, un véritable boulevard urbain aurait en son coeur même un Nouveau Tramway que les gens emprunteraient pour leur plus grand bonheur, car ce type d’appareils est silencieux, confortable, rapide et, par sa fenestration généreuse, il permet aux passagers de voir la vie urbaine se dérouler sous leurs yeux durant le trajet. Le nombre de wagons augmente ou diminue selon l’heure et le besoin, et rien n’oblige alors les citoyens à subir les affres d’une structure géante en béton qui reste là, même quand elle ne sert à rien.

Ce Nouveau tramway pourrait partir de l’extrême est de l’île, à Pointe-aux-Trembles (et même peut-être de l’extérieur de l’île, de Repentigny par exemple), et parcourir ensuite la rue Notre-Dame à grande vitesse et en site propre, en s’arrêtant à des gares qui seraient situées à l’équivalent d’environ quatre stations de métro. Ainsi, à partir de Pointe-aux-Trembles, on aurait des arrêts à Montréal-Est, à l’Assomption, à Pie IX, à Papineau, à Champ-de-Mars, à Vendôme, à Montréal-Ouest, à Lachine et, enfin, à Dorval. (J’espère que je n’en ai sauté aucun…). On peut tout de suite imaginer la mobilité qu’un tel système permettrait ! À chacune de ces stations, la gare serait connectée au système régulier du métro de Montréal, ce qui permettrait aux passagers de se distribuer ensuite dans l’ensemble de la ville.

Dans sa course, le tramway passerait le long de Notre-Dame, puis, une fois au centreville, il emprunterait un des deux tunnels Ville-Marie, dans lequel on trouverait des débarcadères ainsi que des ascenceurs pour permettre aux passagers d’aller rejoindre la rue. L’autre tunnel Ville-Marie resterait à l’usage des voitures. Cela permettrait (entre autres) d’avoir enfin un moyen moderne d’aller à l’aéroport sans se taper les bouchons !

Pour finir, disons que le tramway est réputé pour être le seul moyen de transport public qui suscite un attrait plus élevé que la voiture. Cet attrait n’a rien à voir avec l’autobus, qui n’est aucunement prisé, étant donné son inconfort et le fait qu’il fait partie du trafic, lui aussi, alors que le Nouveau Tramway est en site propre. Chaque ville ayant opté pour le Nouveau Tramway a vu sa trame urbaine s’améliorer et de beaucoup… Le succès emporté chaque fois par ce moyen de transport a toujours dépassé les prévisions les plus optimistes.

Le type de tramway que nous proposons peut facilement transporter 80 000 personnes par jour, ce qui dégagerait d’autant la rue Notre-Dame. Enlevons en plus les 5 000 camions par jour qu’une rationalisation permettrait de faire passer ailleurs, et on se retrouve avec une artère de débit tout à fait moyen où il n’est plus question de passer une autoroute et où on peut recommencer à parler de développement urbain. On peut alors imaginer la construction d’ateliers, de maisons, de commerces, d’édifices à bureau, de facultés universitaires et, surtout, on peut commencer à imaginer qu’un jour, le fleuve redevienne accessible au peuple.

Qui est membre de votre Coalition?

La coalition a d’abord été formée par des citoyens sensibles à l’urbanisme et des chercheurs qui se penchent sur le problème des quartiers Centre-Sud, Hochelaga et Maisonneuve depuis des années. Le premier noyau de la Coalition a rapidement rallié de nombreux citoyens inquiets de voir les projets que leur présentait le gouvernement.

Parmi eux, on trouve des architectes, des ingénieurs, des historiens, des sociologues, des artistes, des avocats, des représentants de commerce, des cinéastes, des commerçants, des universitaires, des étudiants et de simples citoyens tannés de voir qu’on s’occupe si peu de la qualité de leur environnement, alors qu’eux, de leur côté, mettent tant d’énergie à entretenir leurs maisons, à documenter leur histoire, à élever leur famille, à siéger sur différents comités, à espérer que la ville devienne un lieu de vie et de civilisation.

Si vous avez l'appui du PQ, du Bloc, du Parti Vert, de Québec Solidaire en plus des autres organisations... La Coalition va bientôt annoncer ses appuis, lors d’un événement public, ces appuis se situant aussi bien du côté des organismes politiques que sociaux, des groupes qui s’occupent d’environnement, de santé publique, d’architecture et d’urbanisme, et cela aussi bien à Montréal qu’en banlieue… Une annonce devrait suivre d’ici quelques semaines.

Est-ce qu'il est toujours possible de s'y joindre et comment?

On peut se joindre à la Coalition en tout temps, en signant la pétition en ligne et, surtout, en écrivant un commentaire sur le site http://rue-notre-dame.org. La Coalition se prépare à tenir un grand événement public au printemps et tous seront bienvenus. Tous ceux qui auront signé la pétition et laissé leur adresse courriel seront invités à y participer.