Entrevue avec Steven Guilbeault, directeur général de Greenpeace Québec

Nous parlons beaucoup des gaz à effet de serre (GES) en ce moment avec l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto. Mais les objectifs fixés pour 2012, soit la diminution de 6% des émissions de GES par rapport aux quantités émises en 1990, sont loin d'être atteints au Canada. Qu'en est-il pour le Québec ? L’Assemblée nationale a adopté, en 2002, une résolution unanime demandant au gouvernement fédéral de ratifier le Protocole de Kyoto. Le Québec en tant que tel n’a pas d’engagement propre même si, dans le cadre de la Convention de Rio sur les changements climatiques, le gouvernement de l’époque s’était engagé à atteindre les objectifs de Rio.

Le Québec a-t-il atteint ses objectifs ?

Non puisque ces émissions de GES ont augmenté de 2,3 % entre 1990 et 2000. Cette augmentation est beaucoup moins importante que celle qui prévaut dans l’ensemble du Canada où, durant la même période, les émissions de GES ont augmenté de près de 20 %. Toutefois, les prévisions du gouvernement du Québec laissent entrevoir que les émissions du Québec pour être de 17 % au-dessus du niveau de 1990 d’ici 2010. On est bien loin des objectifs de Kyoto. 

Quelles sont les principales sources d'émission de GES au Québec ?

 Le secteur de loin le plus important est celui des transports qui représente 38 % des émissions. C’est également dans ce secteur que les émissions ont le plus augmenté au cours des années 90 avec une hausse de 14,5 %. Les autres secteurs en importance sont ceux de l’industrie 32,5 %, le chauffage non-industriel 13,5 %, l’agriculture 9,5 % et les déchets 5,8 %. Il faut noter que les émissions de GES du secteur industriel ont diminué de 5,2 % de 1990 à 2000. 2012, cela viendra vite.

Pour que Montréal puisse se targuer de faire sa part dans l'atteinte des objectifs de Kyoto, et sachant que les différents acteurs de la société (citoyens, administration municipale, industries...) ont tous un rôle à jouer, quels sont les gestes concrets qui doivent être posés ?

 Les questions de l’aménagement du territoire et des transports sont deux secteurs névralgiques pour l’atteinte des objectifs de Kyoto. D’une part, il faut réduire le nombre de voitures en ville, mais comment s’y prendre ? Une combinaison de mesures pourra nous permettre d’atteindre cet objectif et ces mesures seront incitatives comme un crédit d’impôt sur le titre de transport en commun ou réglementaires et contraignantes. Par exemple, il faut réduire le nombre d’espaces de stationnements, utiliser des mesures d’apaisements de la circulation notamment dans les quartiers résidentiels, probablement rétablir les péages sur les ponts, augmenter l’offre de transport en commun, etc. Certaines de ces mesures sont du ressort exclusif de la Ville de Montréal, d’autres devront être mises en place conjointement avec d’autres paliers de gouvernement (régional, provincial et fédéral). Pour atteindre les objectifs de Kyoto, il y a donc des efforts à faire.

Pensez-vous que la métropole montréalaise est capable de relever le défi ? 

Je pense qu’il faut faire une distinction entre capacité et volonté… Est-ce que Montréal peut atteindre les objectifs de Kyoto, je pense que oui. D’ailleurs, Environnement Canada a déjà préparé un plan d’action sur la réduction des émissions de GES pour la Ville de Montréal au milieu des années 90. La question est ensuite de savoir si nos élus municipaux auront la volonté nécessaire pour nous permettre d’atteindre ces objectifs. Une opposition ferme et sans équivoque de la Ville de Montréal au projet de l’autoroute et du pont de la 25 serait un bon point de départ.