Entrevue avec Hugo Seguin, coordonnateur du Secrétariat des ONGE (Équiterre) dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques

Dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, qui débutera le 28 novembre prochain, l'ONU a désigné Équiterre, en partenariat avec Réseau Action Climat Canada (RAC), pour assurer l'accueil et le secrétariat des groupes environnementaux. Plus de 2000 représentants d'Organisations Non Gouvernementales en Environnement (ONGE) sont attendues à la Conférence. Cet important événement a fait beaucoup dernièrement pour mettre sur la place publique, spécialement ici à Montréal, les enjeux liés aux changements climatiques.

En quelques mots, pouvez-vous nous expliquer ce qu'est COP-11 ?

Officiellement désignée sous le nom de « Onzième Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques », CdP 11 ou, en anglais, COP/MOP 1, sera la toute première Conférence depuis l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto. Elle revêt une importance stratégique, car les représentants de 189 pays y discuteront des nouvelles mesures à prendre pour lutter contre le réchauffement climatique, sachant que le Protocole de Kyoto arrivera à échéance en 2012.

Quel est le rôle du secrétariat piloté par Équiterre dans l'organisation de ce grand événement ?

Ce Secrétariat est responsable d'offrir un appui logistique aux quelque 2000 délégués d'ONGE attendus à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques et d'assurer la liaison entre ces ONGE et les autres interlocuteurs impliqués dans le dossier.

Équiterre a donc reçu deux mandats :

Aider les ONGE qui participent à COP-11
Sensibiliser la société civile québécoise à la venue de la conférence à Montréal

Pouvez-vous expliquer plus en détail quelles formes prend l'aide aux ONGE ?

Le soutien aux ONGE prend en effet plusieurs formes. Bien sûr, en premier lieu nous leur apportons un support logistique pour faciliter leur séjour à Montréal et pour leur offrir des lieux de réunions adéquatement équipés durant l'événement.

Dans le processus établi par les Nations Unies, les ONGE devaient se faire accréditer au plus tard en juillet 2005 afin d'être en mesure de participer à COP-11. Plus spécifiquement pour les ONGE québécoises, Équiterre a personnellement accrédité 140 représentants d'organisations québécoises. D'autres partenaires, comme la Coalition Vert-Kyoto, l' UQCN (Nature-Québec) et Greenpeace, ont également accrédité des organismes. Il y aura donc entre 200 et 300 représentants d'ONGE pour le Québec.

Afin de se préparer, Équiterre a organisé à Montréal en septembre 2005 quatre jours de formation et d'information pour les ONGE québécoises. Une trentaine de grands négociateurs internationaux spécialisés dans le domaine des changements climatiques, collaborant avec le Climate Action Network (CAN International), discutaient des stratégies à adopter au niveau international aux 200 personnes, représentant quelque 60 organismes, qui étaient présentes lors de ces journées. Durant les trois premiers jours, la formation tournait autour des enjeux et de la position par rapport au gouvernement du Canada. Le quatrième jour a permis de s'entendre sur une déclaration commune des ONGE québécoises.

Lors de l'événement, Équiterre va également fortement soutenir les ONGE présentes.

Tout d'abord, nous allons produire un bulletin quotidien «ECO» dans lequel les ONGE participantes réagiront aux décisions qui découleront des négociations du jour et projetteront les impacts de ces décisions sur l'atteinte des objectifs de Kyoto. Les textes des ONGE seront donc récupérés pour être imprimés le soir même. Ce sera donc une véritable réponse au jour le jour des ONGE à ce qui se passera durant la conférence. Pour gérer tout cela, deux rédacteurs en chef d'expérience (francophone et anglophone) ont été nommés ; un provenance en de Réseau Action Climat France et l'autre de CAN International. Ce bulletin permettra de fournir aux congressistes la position quasi en temps réelle des ONGE.

Sur le plan médiatique, une conférence de presse se tiendra tous les matins pour communiquer la position des ONGE de la veille. CAN international est au cœur de cette organisation. Pour sa part, Équiterre a développé le concept du prix citron quotidien, appelé «les fossiles du jour», qui sera décerné aux pays qui adopteront des positions qui, d'après les ONGE, iront à l'encontre du protocole de Kyoto. Il est prévu qu'une motte de sable bitumineux dans un camion téléguidé en soit le prix !

En matière de sensibilisation de la population québécoise, que faites-vous ?

Pour la sensibilisation de la société civile québécoise, plusieurs actions ont été menées ou vont bientôt l'être. Tout d'abord, Équiterre, en collaboration avec Greenpeace et le Regroupement national des Conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ), a organisé une grande tournée «Alerte climatique» dans six grandes villes du Québec : Gatineau, Trois-Rivières, Sherbrooke, Québec, Saguenay et Montréal. Des conférences publiques y ont notamment été données.

Par ailleurs, le Centre d'action québécois sur les changements climatiques, dont fait partie Équiterre, a organisé un salon du Développement durable au complexe Desjardins à Montréal auquel ont participé une trentaine d'exposants et qui offrait des conférences midi gratuites à la population.

Et puis bien sûr, il y a eu la conférence avec Hubert Reeves et David Suzuki le 26 octobre dernier qui a accueilli 3400 personnes au palais des congrès. Un vrai succès puisqu'il ne restait plus une place de libre !

Le 27 novembre prochain, Équiterre organise un autre événement au Métropolis, manifestive appelé «Montréal 2005 : La veille», car ce sera une combinaison de conférences et de spectacles. Cet événement est gratuit ; il suffit d'aller chercher ses billets au Spectrum ou en réservant sur le site Web d'Équiterre :www.equiterre.org .

Finalement, nous nous sommes joints à d'autres partenaires pour organiser les «rendez-vous citoyen Kyoto 2005», les 25 et 26 novembre prochains à l'UQàM et la marche mondiale pour le climat le 3 décembre dans les rues de Montréal.

Pour connaître plus en détails les différents événements passés et à venir, organisés depuis le mois de septembre, consultez le site du Secrétariat (http://www.changementsclimatiques.qc.ca/secretariat/index.html?page=even...).

D'après vous, en quoi la participation des ONGE est importante ?

Les ONGE ont un rôle important à jouer lors de cette conférence car elles ont la possibilité d'influencer les décisions qui seront prises lors des négociations par les représentants des pays. Leur participation permettra, et là je parle spécifiquement pour les ONGE du Québec dont Équiterre fait partie, d'acquérir une expertise incroyable dans le domaine des changements climatiques et des moyens de mise en œuvre du Protocole de Kyoto. Ces outils dont disposeront les ONGE permettront un suivi beaucoup plus serré des décisions qui se prendront par les différents paliers de gouvernement.

Comment voyez-vous à la fois l'impact de cette conférence et l'après COP-11 ?

Il est certain que nous aurons fait un grand pas au niveau de la sensibilisation du public concernant les enjeux reliés aux changements climatiques.

De plus, les élections fédérales qui s'en viennent au Canada permettent de penser que les ONGE seront en mesure d'influencer les décisions politiques. Les ONGE vont devoir se pencher sur ce que les décideurs vont vouloir décider dans le domaine des gestes à poser pour lutter contre les changements climatiques. L'expertise acquise dans le cadre de cette Conférence leur permettra de suivre les débats et de prendre position sur les politiques adoptées de mise en œuvre du Protocole de Kyoto, tant au Canada qu'au Québec.

Toute cette expertise développée par les ONGE va mettre beaucoup de pression sur les décideurs, que cela soit au niveau fédéral, provincial ou municipal, pour que des actions soient prises dans le bon sens.