26 mars 2009 - Volume 8, no.06



Dossiers et entrevues
 

Entrevue avec Louise Fecteau, directrice générale de la Table pour la récupération hors foyer

 

Si la récupération des matières recyclables est déjà bien implantée au niveau résidentiel, celle-ci est loin d’être acquise pour les autres secteurs. Il faut pour cela que le citoyen dispose des services de collecte dans tous les lieux qu’il fréquente, tant pour le loisir, le travail et lors de ses déplacements. La Table de récupération hors foyer a été mise en place pour optimiser ce type de service à l’extérieur de nos maisons. Louise Fecteau, directrice générale de la Table pour la récupération hors foyer nous explique les principaux enjeux sur lesquels se penche l’organisme afin d’améliorer le bilan de récupération, partout à travers le Québec.
 

Que veut-on dire par «récupération hors foyer» ?


Ce terme désigne la récupération qui ne s’effectue pas par le biais de la collecte sélective porte-à-porte municipale. Le hors foyer inclue tous les lieux publics municipaux et privés ainsi que les Industries, Commerces et Institutions (ICI). Pensons, par exemple, aux établissements du domaine de l’éducation, de la santé, aux centres commerciaux, etc. 

Parmi tous ces lieux, la Table pour la récupération hors foyer (la Table) a ciblé deux grands secteurs qui ont été évalués comme étant peu ou mal desservis : les aires publiques municipales et les restaurants, bars et hôtels.

Une caractérisation des matières résiduelles qui se retrouvent hors foyer a-t-elle été faite? Si oui, quels types de matières y sont présentes ?

Des projets-pilote ont été menés en 2006, afin de dégager les constats ainsi que les contraintes et opportunités associés à ce type de récupération.

Voici les principaux constats,
•    Dans tous les lieux étudiés, tant publics que privés, le potentiel de récupération est important et les taux de récupération des contenants sont élevés, dépassant, dans bien des cas, les objectifs de la Politique.
•    Dans les lieux publics,  la proportion de contenants par rapport à l’ensemble des matières recyclables est faible; 
•   lorsque des installations sont présentes, elles sont fortement utilisées;
•   à défaut d’installations, les usagers vont jeter les matières recyclables dans les poubelles;
•   lorsque la signalisation est adéquate, les matières recyclables sont déposées de la bonne façon dans les équipements.
•    Dans les lieux privés, la sensibilisation du personnel et la facilité des opérations de collecte sont les principaux facteurs de succès.

Quelles sont les raisons qui ont amené la Table de récupération hors-foyer à développer un volet spécifique pour les bars, hôtels et restaurants?

Ce secteur génère des matières recyclables qui s’apparentent à ce que l’on retrouve dans nos maisons : boîtes de conserves, contenants de verre, incluant les bouteilles de vin, contenants de plastique de toutes sortes, papier et carton. Ces matières doivent être triés au même titre que les matières issues de la collecte sélective municipale.

A priori, ces matières sont moins attrayantes pour les récupérateurs que, par exemple,celles issues des commerces de détail ou des immeubles à bureaux, lesquels génèrent soient des papiers, soit du carton plus facile à collecter et nécessitant peu de tri et de conditionnement.

Les associations de restaurateurs, de bars et d’hôteliers ont mentionné leur grande préoccupation à l’égard du peu d’offre de service, lequel constituait une contrainte importante. Et lorsque le service était offert, il y avait souvent une difficulté à lui assurer un caractère durable.  Le volet dédié aux restaurants, bars et hôtels a été conçu pour tenir compte de ces préoccupations.

Pensez-vous que la récupération hors foyer permettra aux municipalités comme Montréal  d’atteindre les objectifs de détournement demandés par la Politique de gestion des matières résiduelles du Québec ? Quel pourcentage des matières résiduelles générées cela représente ?


La récupération hors foyer est un parmi plusieurs éléments permettant d’optimiser la collecte sélective. Pensons entre autres aux multilogements qui, dans bien des cas, ne sont pas encore desservis.  C’est néanmoins un élément incontournable d’une bonne gestion des matières résiduelles car tous les secteurs qui génèrent des déchets doivent être, un jour ou l’autre, pris en compte dans les équations de performance.

Il n’existe pas de données sur le pourcentage de matières résiduelles générées par ce secteur.

Quels sont les projets déjà développés ou à venir à Montréal ?


Plusieurs projets ont été approuvés à Montréal.  Un des plus importants, déjà installé, est celui de l’Agence Métropolitaine de Transport, qui s’étend sur trois ans et pour lequel la Table a financé plus de 50% de la phase 1. Des équipements à deux voies, moitié déchets, moitié matières recyclables, ont été installés dans plusieurs gares et terminus d’autobus.

Un autre projet très structurant sera également installé dans les prochaines semaines au Parc Jean-Drapeau.

Un des tous premiers projet installé est celui de la ville de Côte-Saint-Luc qui a placé des équipements de récupération dans ses parcs et à l’intérieur de certains établissements. Des équipements de récupération seront installés dès le printemps dans les parcs de Dollard-des-Ormeaux et de Pointe-Claire. Les arrondissement Ville-Marie et Saint-Laurent ont commencé à installer quelques équipements en bordure de rue, dans un premier temps pour évaluer différents paramètres (collecte, contamination, etc). Les arrondissements du Plateau Mont-Royal, de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, et les villes de Sainte-Anne-de-Bellevue, de Beaconsfield, de Pointe-Claire, de Kirkland, de Baie d’Urfé et de Dorval ont également des projets en aires publiques.

Comment voyez-vous la généralisation de ces pratiques à l’échelle de Montréal ?

Les projets de la Table permettent d’augmenter la demande d’équipements et de services, améliorant la masse critique à la fois pour les fabricants et distributeurs d’équipements ainsi que pour les récupérateurs. Ainsi, de nombreux modèles d’équipements se sont ajoutés aux catalogues et les prix ont diminué. Les récupérateurs de leur côté ont de meilleures possibilités de réaliser des routes de collecte efficaces.

Parallèlement, l’habitude de concevoir les réaménagements, ou nouvelles configurations des lieux en tenant compte des éléments nécessaires à une saine gestion des matières résiduelles sont plus instinctifs suite à la mise en place des premiers projets financés par la Table. Des réflexes et des connaissances sont acquis par les intervenants concernés à la municipalité ou dans les chaînes de restaurants ou d’hôtels et l’évaluation des services à ajouter en est facilitée.

Le recyclage ne doit pas faire oublier la réduction à la source. Pensons aux emballages issus de la restauration rapide, la vaisselle en plastique non recyclable par exemple. Comment la table se penche-t-elle sur cette question ?


La Table conçoit, met en œuvre et assure le suivi de programme de financement pour optimiser la récupération des matières recyclables générées dans les secteurs des aires publiques municipales et des restaurants, bars et hôtels. D’autres organismes, notamment RECYC-QUÉBEC, membre de la Table, ont la responsabilité spécifique de sensibiliser à la réduction à la source et d’effectuer les recherches et discussions en la matière. Sur ces sujets, la Table transmet les commentaires et préoccupations reçues dans le cadre de ses travaux aux intervenants concernés.

www.tablehorsfoyer.ca
 



Prochaine parution électronique : le jeudi 9 avril 2009

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