Donner une seconde vie aux arbres de nos villes

Date : 
Mardi, 10 mars 2015
Horaire : 
12h15 à 13h15

Le 10 mars, le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal) a organisé la conférence «Donner une seconde vie aux arbres de nos villes». Lors de cet événement, trois experts d’horizons variés ont dressé un portrait de la situation actuelle de la gestion du bois en milieu urbain et ont partagé leurs réflexions sur la mise en place de solutions durables et novatrices. 

Nous vous proposons un retour sur les interventions des trois panélistes :

Le passage de l’agrile du frêne va entraîner l’abattage de milliers d’arbres, amenant les municipalités à gérer des quantités importantes de bois. Il est important de se pencher sur ces questions dès maintenant alors que le pic d’abattage est à venir. L’idée est de ne pas gaspiller cette ressource mais d’en profiter pour développer de nouvelles pratiques durables et de sensibiliser à l’importance des arbres à chacun des stades de leur vie.

Actuellement, à Montréal, les arbres abattus sont en majorité déchiquetés en copeaux qui sont ensuite envoyés vers différentes industries pour la production d’énergie. Les produits du bois (biomasse, bois de chauffage, pâte et sciage) présentent des caractéristiques spécifiques et ont une valeur économique variable (lien vers le tableau du Ministère des Forêts, de Faune et des Parcs). La réflexion doit porter donc sur l’optimisation de la valeur des produits transformés afin d’aller au-delà de la production de copeaux.

Bien qu’une part importante du bois abattu va être acheminée vers les grandes industries (ex. : pâtes et papiers), les entreprises locales ont un rôle important à jouer. En effet, l’agrile de frêne faisant ses ravages juste sous l’écorce, le cœur de l’arbre est indemne, ce qui permet d’envisager l’utilisation du bois pour la fabrication de planchers, armoires et de différents outils et ainsi optimiser le recyclage de ce bois au meilleur de sa valeur.

Comme l’ont soulevé les panélistes lors de la conférence, plusieurs défis accompagnent la mise en place de nouveaux modèles de gestion du bois en milieu urbain :

  • Transport : le coût du transport est élevé et la manutention de billes de grande taille requiert une machinerie lourde, similaire à celle que l’on retrouve dans l’industrie forestière. Il faut donc mettre en place des circuits très locaux afin de limiter le camionnage.
  • Lieux de dépôt : il faut prévoir des espaces de stockage pour le bois coupé avant les transformations. La plupart des écocentres actuels n’ont pas la capacité d’accueillir un volume supplémentaire de bois. D’autres lieux devront être trouvés au cours des prochaines années afin d’accueillir le bois et ainsi éviter le déchiquetage des parties de l’arbre valorisables.
  • Formation des professionnels : les émondeurs ont un rôle clé à jouer. La diversification des filières passe par un changement dans les pratiques lors des abattages afin de disposer de billes de taille suffisante. Le défi est d’accélérer le travail tout en donnant une valeur supérieure au bois.
  • Financement : le changement des pratiques et le développement de nouvelles filières ne pourront se faire sans un soutien financier des différents paliers gouvernementaux

Des défis mais aussi des opportunités

Des solutions existent comme en témoignent plusieurs projets menés dans différentes municipalités au Québec (Carignan, Longueuil, arrondissement Côte-des-Neiges) et aux États-Unis.

À l’échelle de la Communauté métropolitaine de Montréal, dans le cadre de la stratégie métropolitaine de lutte à l’agrile, un sous-comité se penche actuellement sur le dossier. Ce comité dresse un inventaire des organisations et entreprises pouvant être intéressées à se procurer le bois afin d’en assurer la transformation. Il travaille également avec l’ensemble des intervenants dans la chaîne du bois afin d’explorer les débouchés intéressants.

IAER Solutions développe actuellement un modèle reposant sur l’implantation de stations locales à plusieurs endroits d’une municipalité afin de réduire le transport tout en facilitant l’accès à la ressource pour les entreprises locales. Le développement de ces nouvelles pratiques  permettra aux municipalités de créer de la valeur ajoutée et des emplois tout en ralentissant la propagation de l’agrile.

L’exemple de Cincinnati

Cette ville américaine en Ohio a mis en place un projet de valorisation du bois en partenariat avec les écoles de son territoire. Les frênes sont coupés de façon à être réutilisés et vendus à des entreprises locales. Ces dernières s’occupent du sciage, du séchage, du planage et du collage. Les écoles de la ville ont ainsi construit 915 bibliothèques et 130 casiers avec ce bois, entraînant des économies d’achat de 40% (235 000 $ en 2014) pour les écoles et des revenus de 19 260$ pour la Ville par la vente des planches, montant ayant été réinvesti pour la plantation d’arbres.

Valoriser les frênes par l’art

La sensibilisation des citoyens par le biais de l’art est également à développer. Les sculptures et la création d’œuvres à partir de bois coupés sont des moyens d’éveiller le citoyen à la problématique de l’agrile et plus largement aux bienfaits de l’arbre en ville. C’est aussi une manière de mobiliser la communauté dans l’effort de verdissement collectif.

Le mont royal, un autre contexte d’intervention

La gestion des frênes abattus dans les boisés constitue un autre volet sur lequel il faut se pencher. Eric Richard a dressé un parallèle avec la crise du verglas qui en 1998, a conduit à 4500 abattages et 30 000 élagages sur la montagne. Les opérations sur une courte période de temps avaient alors coûté 5 millions de $.

Le défi est de taille sur le mont Royal quand on sait que près de 30 % des arbres sont des frênes. Il en va de la sécurité du public, mais aussi de la santé de l’écosystème. La disparition des frênes peut en effet favoriser la propagation des espèces invasives telles que le nerprun.

L’amorce d’une réflexion plus large

La conférence a montré l’intérêt de nombreux intervenants pour la valorisation du bois. Le CRE-Montréal veut qu’il soit l’amorce d’une réflexion plus large qui devra conduire rapidement à l’élaboration d’outils, d’incitatifs, de mécanismes de gestion concertée pour assurer la récupération et le recyclage de tous ces arbres qui malheureusement disparaîtront du paysage montréalais.

De telles pratiques devraient aussi s’appliquer à l’ensemble des arbres, quelque soit leur essence. Municipalités, secteurs privés impliqués dans le domaine du bois, citoyens, tout le monde est appelé à contribuer à faire de cette démarche un vrai succès et ainsi retirer un bénéfice du passage de l’agrile!

Un retour en images.

Consulter l'article du Journal Métro : Agrile du frêne: valoriser les arbres coupés pour réduire la facture.