Transport et aménagement : Les éléments inspirants de Strasbourg véhiculés par madame Catherine Trautmann

Date : 
Mardi, 30 septembre 2014
Horaire : 
17h15

Si Montréal, comme toute ville, est unique et en ce sens doit trouver ses aménagements qui lui sont propres, elle gagne à regarder ce qui se fait ailleurs pour s’inspirer des bons coups et apprendre des erreurs. Strasbourg dans le nord-est de la France en fait partie sans aucun doute. Madame Catherine Trautmann, ancienne mairesse de Strasbourg, Ministre et Députée européenne, qui a passé 3 jours à Montréal sur invitation du CRE-Montréal, a largement partagé son expérience et son regard avec une grande diversité d’acteurs montréalais, qu’elle a été amenée à rencontrer à travers une grande conférence publique et des rencontres en petits groupes. 

De ces échanges, le CRE-Montréal souhaite partager ici des éléments de réflexion que sa venue a suscitée, cela dans le contexte montréalais, au niveau de l’aménagement et du transport.

L’expérience de Strasbourg apparaît instructive à plusieurs égards : par le virage majeur en termes de transport et d’aménagement urbain entamé depuis les années 1990, par les moyens mis en œuvre pour trouver des solutions à des contraintes, par les aspects sociaux et les processus démocratiques, par la vision élargie de la ville de demain.

Une vision large, tant en termes d’enjeux que de territoire visé, est un préambule incontournable aux décisions qui sont prises par la suite.

Cette vision établie permet de maintenir une direction et de procéder aux ajustements en cours de route en gardant toujours à l’esprit les objectifs qu’elle contient. Il en va de la cohérence des mesures et au final de leur niveau d’impact. Pour donner un coup de barre, les effets des mesures doivent se faire vraiment sentir sinon la «modération»  crée bien souvent la déception voire le mécontentement de la majorité.

Pas de doute que Strasbourg a choisi la voie de l’audace et cela paye aujourd’hui :

  • les résidents ont adopté la diversité de modes de transport proposés et en sont fiers
  • les commerçants ont vu la vitalité du centre-ville bondir puisque le centre-ville est devenu la première force commerciale de la région
  • Les commerçants des autres quartiers aujourd’hui demandent du tramway
  • les touristes viennent pour voir la cathédrale en premier lieu mais le tramway en deuxième
  • la population s’est réappropriée les places publiques qui, autrefois vides, sont aujourd’hui bondées

Si tout le monde est en faveur d’une ville belle, accessible, conviviale et sécuritaire, tout est dans la façon de décliner ces points. C’est là où la vision est capital et cela nécessite un leadership fort pour la porter car la peur du changement et de l’inconnu exacerbe l’opposition des débuts.

Certains concepts évoqués par madame Trautmann résonnent fort à nos oreilles :

  • notion d’« égalité urbaine » : pourquoi un automobiliste aurait préséance sur un piéton? pourquoi les personnes plus démunies ne possédant pas de véhicules ne pourraient accéder aisément au centre-ville?
  • le transport comme un élément appartenant à la qualité de vie donc à la santé : pollution atmosphérique, bruit, accident sont souvent cités dans les enjeux environnementaux et de santé en lien avec l’automobile
  • «l a liberté de circulation » : avoir le choix des modes de transport mais avec des règles précises
  • le transport collectif qui soutient la marche et le vélo : les transports collectifs et actifs sont complémentaires via l’intermodalité
  • l’agrandissement de l’espace de rue dédié aux piétons : en libérant notamment les stationnements sur rue, la ville retrouve des espaces publics pour d’autres usages offerts à l’ensemble de ses citoyens
  • des axes magistraux qui offrent une véritable expérience de piétonisation, incluant vélo, transport collectif et livraison
  • la piétonisation des places fédératrices : ces lieux deviennent propices au rassemblement, aux événements, au flânage, à la découverte des commerces du secteur
  • un jalonnement pour les piétons (le temps-piéton) pour informer sur la durée d’un trajet pour se rendre d’un point à un autre
  • le renforcement de la perméabilité des piétons dans les zones de circulation à 50km-heure : faciliter systématiquement les traverses piétonnes
  • tout projet de transport collectif important doit être accompagné d’aménagement pour les piétons dans un rayon de 500m

Le besoin de bien appréhender les différents aspects du dossier prévaut et nécessite données et concertations.

L’exemple de Strasbourg peut encore être éclairant sur ces deux aspects.

Prenons le projet d’aménagement de la rue Sainte-Catherine pour illustrer. Il est clair qu’il manque des données essentielles : l’état précis de l’offre du stationnement dans le secteur visé élargi (notamment le taux d’occupation), les modes de déplacement des usagers, l’ampleur de la circulation automobile de transit, les types d’usagers de la rue selon les périodes, les saisons et les événements, la cartographie des points de vue d’intérêt et des édifices à caractère patrimonial, les ambiances propres à chaque section, la cartographie de la marchabilité...

À Strasbourg, les données étaient là pour aider à la décision : où construire les «stationnements relais», où faire passer le tramway, quelles façades d’édifices à ravaler…

Il y a aussi l’hétérogénéité propre à un grand centre urbain qui demande aussi un regard à petite échelle. À Strasbourg, juste pour la première phase d’aménagement, quelque 500 consultations ont été menées dans les quartiers concernés ; un porte-à-porte qui a permis de trouver des solutions pour répondre aux enjeux du plus grand nombre. Par exemple, les heures de livraison des commerces ont été modulées pour répondre aux besoins spécifiques liés aux produits réfrigérés. Un accompagnement serré de tous les commerces a été fait durant les travaux pour minimiser leur impact négatif sur leurs activités.

Tout le monde doit y trouver son compte, ce qui veut dire que l’on ne peut trouver une solution unique mais la résolution de problèmes se fait sur la base d’une vision commune.

Plutôt que de rejeter une vision parce qu’elle apporte son lot de contraintes et d’inconnues, il est nécessaire de se placer dans la position de trouver des solutions. Sinon c’est le statu quo qui l’emporte ou des changements tellement timides qu’ils ne font pas un véritable changement.

Impossible de passer à côté d’une meilleure gestion de la circulation automobile et en centre-ville, la maitriser, l’organiser et la réduire, la «pacifier» en quelque sorte. La circulation de transit, qui ne bénéficie aucunement aux quartiers traversés, doit être au mieux éliminée ou sinon contrainte sur les axes prioritaires aux piétons.

On a tendance à oublier que toute personne qui va sur une rue commerciale, quel que soit son mode de déplacement principal, devient en bout de ligne un piéton, pour se rendre au travail ou dans des commerces. L’expérience de la rue à pied concerne donc tout le monde.

On ne peut dissocier le transport de l’aménagement pour que les projets soient une réussite complète et bien intégrés dans le tissu urbain. Finalement, le respect des échéanciers comme facteur de succès est aussi un élément strasbourgeois inspirant.