Bilan du Comité de vigilance Turcot: s'il ne modifie pas ses plans, le gouvernement va dilapider les fonds publics pour augmenter la congestion et la pollution

Montréal, le 12 janvier 2012- Le Comité de vigilance Turcot tire ses conclusions, après plus d’une année d’existence, sur le projet de réfection du complexe Turcot du ministère des Transports du Québec (MTQ). Après avoir rencontré les principaux intervenants dans le dossier, fait ses recommandations, soutenu et expliqué sa position, il appert pour le Comité que le gouvernement du Québec est actuellement dans une impasse avec ce projet. Pour le Comité, il est inconcevable que les coûts énormes prévus pour ce projet ne permettent pas d’atteindre les objectifs gouvernementaux en termes de développement et de mobilité durables. Malgré l’ouverture affichée de faire plus de place aux transports collectifs, le MTQ en donne encore trop aux voitures. Le gouvernement doit absolument évaluer la pertinence des investissements à faire dans ce projet à la lumière de ces considérations, cela d’autant plus que le projet a augmenté de plus de 2 milliards de dollars en cinq ans.

Pourquoi tant d’argent pour plus de congestion ?       

Le Comité tient à rappeler qu’avec Turcot, le gouvernement a entre les mains le projet autoroutier le plus cher du Québec et un chantier qui conditionnera nos transports pour plusieurs générations. Rien que le déplacement des voies ferroviaires et de l’autoroute 20 vers la falaise St-Jacques coûterait des centaines de millions de dollars.
     
Le Comité considère qu’il serait aberrant que tout cet argent soit investi dans le maintien de la congestion, de la pollution atmosphérique, des émissions de gaz à effet de serre et dans la construction d’une structure autoroutière en plein cœur de la métropole.

« On risquerait fort de se moquer de nous dans 20 ans si un tel projet voyait le jour. C’est un projet extrêmement coûteux pour les Québécois, dont la justification de l’augmentation phénoménale du prix global est loin d’être claire. Rappelons que le coût, estimé à 887 millions en 2006, a grimpé à trois milliards de dollars. Dans un contexte de manque d’argent majeur dans le domaine des transports, le gouvernement se doit de bien considérer les investissements à faire dans Turcot. Il n’a pas le droit de se tromper dans un projet si cher » souligne Dominique Daigneault, secrétaire générale au Conseil central du Montréal métropolitain CSN.

Le MTQ fonctionne avec des prémisses dépassées et la Ville de Montréal a fait marche arrière

En plus de coûter une fortune, les modifications apportées au projet initial depuis un an ne permettront pas d’atteindre les objectifs fixés par les différents paliers de gouvernement, notamment en matière d’émission de GES et de transfert modal vers les transports collectifs, qui sont soutenus par le Comité de vigilance Turcot. La ville de Montréal elle-même avait présenté en 2010 un projet qui faisait preuve de courage car il demandait un véritable changement de paradigme. Or la Ville a changé de position puisqu’elle semble se satisfaire du projet actuellement sur la table. Pourtant, le maire de Montréal se fait l’ardent défenseur d’une vision de développement durable axée notamment sur les transports collectifs.

Coralie Deny, directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal, déplore que « le projet accuse encore un préjugé clairement favorable à l’automobile. L’expérience du passé nous le prouve avec la création concomitante du métro et des autoroutes : favoriser en même temps l’automobile et les transports collectifs n’entraîne pas un transfert des déplacements effectués en voiture vers le transport collectif. Nous partions avec l’intention de voir bonifié substantiellement le projet mais aujourd’hui nous constatons que ce n’est toujours pas le cas. En choisissant de ne pas intervenir vigoureusement, le gouvernement effectue des pratiques dépassées en transport et en aménagement, qui ne répondent pas à un véritable développement durable ».

Une intégration urbaine qui laisse encore à désirer

Le comité reconnaît que les aménagements prévus pour mettre en valeur l’éco-territoire de la falaise sont intéressants. Toutefois, le déplacement des voies ferroviaires vers le nord, ainsi que la décision de supporter la structure par l’érection de murs dans l’axe nord-sud, représentent des décisions qui ont un impact majeur sur la trame urbaine en termes de connectivité inter-quartiers et d’aménagement du territoire.
Selon Pierre Gauthier, « l’effort collectif à consentir pour passer au vert en matières d’aménagement du territoire et de transports est de l’ordre du projet de société. Le gouvernement ne peut faire fi de la multitude de voix qui s’élèvent pour demander que le projet tienne compte véritablement des quartiers traversés et avoisinants. Cela signifie reconsidérer les infrastructures projetées sous cet angle. »

Le gouvernement a encore le choix

Le Comité, lors de ses précédentes interventions publiques et dans sa lettre adressée au Ministre, dressait déjà de tels constats, avec des points très précis, et demandait au ministre une rencontre d’ici la fin 2011 pour en discuter. Cette rencontre n’a pas eu lieu et aucune date n’a été proposée jusqu’à présent. Tel que stipulé dans la lettre, le Comité de vigilance Turcot dresse donc aujourd’hui un bilan décevant de ses travaux et doit rejeter le projet de réfection du complexe Turcot sous sa forme actuelle, tout en espérant encore que le MTQ et la Ville de Montréal se montrent ouverts à reconsidérer le projet pour produire un complexe Turcot durable pour les 100 prochaines années, qui favorisera réellement la mobilité des personnes et des marchandises en mettant l’accent sur le transport collectif, en diminuant la pollution et en le rendant le plus intégré possible dans la trame urbaine. La balle est donc dans le camp du gouvernement du Québec et de la Ville de Montréal.

Sidney Ribaux, coordonnateur général d’Équiterre réitère la demande du Comité de vigilance Turcot : « Nous lançons à nouveau un appel à la cohérence au Ministre des transports, monsieur Moreau, pour que des changements importants soient apportés au projet afin de respecter les diverses politiques gouvernementales et d’entendre la voix citoyenne qui en fait la demande. »

Amélioration du processus et intégration d’une vision globale pour les projets futurs

Si le Comité considère intéressant le processus de discussion mis en place avec le MTQ, il constate que celui-ci arrive bien trop tard dans la planification du projet. Pour faire en sorte qu’une telle démarche, par ailleurs très intéressante, porte vraiment fruits, le Comité considère que le dialogue doit être engagé au tout début de la réflexion sur la mise en œuvre d’un tel projet. Le Comité demande au gouvernement de le faire pour les projets futurs.

Selon Florence Junca-Adenot, directrice du Forum Urba 2015, département d’études urbaines UQAM, « pour intégrer dans de tels projets les objectifs des gouvernements et les préoccupations urbaines environnementales de mobilité de la société civile, il faut du temps. Cela signifie obligatoirement de débuter les échanges à cet effet très en amont. De cette façon, les entreprises en charge de réaliser les projets partent avec des demandes claires d’intégrer ces objectifs dans les plans. Dans le cas de Turcot, si un tel processus avait été mis de l’avant il y a 4 ans, on aurait eu des propositions bien plus intéressantes dans le devis de performance. Il ne faut surtout pas répéter cette erreur.»

L’ampleur de ce projet nécessite aussi une vision régionale des enjeux et des solutions. L’absence actuelle d’une telle vision nuit à une prise de décision éclairée.

Pour consulter les recommandations du Comité de vigilance Turcot, les communiqués et le résumé de ses rencontres avec les différents intervenants : www.vigilanceturcot.org
 

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Renseignements :
Émilie Boisvert-Croteau, CRE-Montréal 514-842-2890 poste 222